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Rembrandt Harmensz van Rijn, Portrait de son fils Titus, vêtu en moine, 1660. Huile sur toile, 79,5 x 67,5 cm. Rijksmuseum, Amsterdam. Acquis avec l’aide de Vereniging Rembrandt © Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

Rembrandt Harmensz van Rijn, Portrait of his son Titus, dressed as a monk, 1660. Oil on canvas, 79,5 x 67,5 cm. Rijksmuseum,Amsterdam. Acquired thanks to Vereniging Rembrandt © Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009

Pour sa troisième saison, la Pinacothèque de Paris s’associe avec le Rijksmuseum d’Amsterdam pour présenter l’une des périodes les plus intéressantes de l’histoire de l’art : le XVIIe siècle hollandais.

Cette époque a donné naissance à quelques uns des artistes les plus célèbres de tous les temps et surtout à celui qui reste l’une des références absolues pour tout artiste depuis près de quatre siècles :Rembrandt.

L’exposition présentera un ensemble exceptionnel de plus de cent trente pièces dont une soixantaine de tableaux, une trentaine d’oeuvres graphiques (dessins et aquarelles), une dizaine de gravures ainsi qu’une dizaine d’objets pour illustrer de manière très représentative la période (tapisseries, faïences, miniatures en bois, argenterie et verrerie).

À travers l’art de ce temps, il s’agit de comprendre comment une jeune république (1581) va, grâceà sa réussite commerciale et sa tolérance de pensée, devenir l’une des puissances commerciales les plus fortes d’Europe au moment où d’autres nations européennes s’enfoncent dans une récession endémique et font preuve d’intolérance religieuse : la nouvelle république à peine née apparaît comme une terre promise où tout le monde peut vivre en paix et en harmonie.

C’est avant tout par la liberté de culte que la république des Provinces-Unies (ancêtre des Pays-Bas) attira nombre de personnalités qui trouvaient en ce lieu la possibilité de travailler, de penser et de pratiquer leur religion alors qu’ils étaient persécutés pour leur croyance dans leur pays d’origine. Écrivains, penseurs affluèrent de toute l’Europe pour enseigner, publier et développer leur savoir. Cette partie du monde devint ainsi le centre du monde en matière de connaissances.

La puissance commerciale maritime est vite associée à cette puissance de savoir. La force du commerce se développe grâce à la vitesse des navires qui commercent en mer Baltique. Amsterdam devient rapidement une puissance commerciale hégémonique surpassant de loin toutes les autres puissances européennes. Amsterdam est ainsi l’une des places économiques les plus importantes pour l’industrie, le commerce et l’art. C’est donc assez naturellement que la jeune république devint également un centre où s’épanouit la culture dans le sens le plus large, aussi bien dans le domaine des lettres que des arts. L’une des premières caractéristiques de cette région fut le développement d’un nouveau type de mécènes. Il ne s’agissait plus de riches familles aristocratiques, comme partout ailleurs en Europe, mais de négociants enrichis du récent commerce maritime. Issue de familles patriciennes, cette classe moyenne devint la principale commanditaire d’oeuvres. Puis tous ceux qui s’enrichissaient, devenaient à leur tour des commanditaires pour des oeuvres, créant une forme de compétition entre les corps de métiers et les familles patriciennes, chacun éprouvant la nécessité de faire valoir sa réussite sociale et son ascension économique ainsi que son changement de statut. La région devint ainsi le pôle culturel majeur où pouvait se développer des ateliers d’artisans et d’artistes. L’art et la culture constituèrent une nouvelle forme de prospérité économique et industrielle. Une surenchère sur les sujets fut une des conséquences. Chaque année, de nouveaux peintres apparaissaient, apportant des thèmes nouveaux ou des sujets inédits. La peinture de genre naquit à cette époque, la description des paysages se traduisit sous de nouvelles formes.XIXe siècle et au début du XXe siècle. Des peintres acquirent eux aussi une spécialité dans un domaine très précis : la nature morte ou la vanité avec Willem Claesz Heda et Pieter Claesz ; le paysage avec Jan van Goyen, Jacob van Ruysdael ou encore Meindert Hobbema. Jan Steen ou Adriaen van Ostade illustrent la satire villageoise tandis que Gerard ter Borch et Pieter de Hooch s’adonnent à la comédie de moeurs et aux scènes de genre dont font partie les fêtes paysannes. Emanuel de Witte et Pieter Jansz Saenredam se spécialisèrent dans la peinture de monuments,Thomas de Keyser et Frans Hals devinrent les spécialistes du portrait et Paulus Potter celui des animaux.

Une génération d’une richesse sans précédent dans l’histoire des arts vit le jour, que l’on retrouvera seulement à Paris à la fin du à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

Doivent être mises à part des individualités comme Vermeer ou Rembrandt qui finalement ne sont pas très représentatifs de cette époque. Ils en sont pourtant devenus les symboles. À la différence des autres artistes, ils s’intéressèrent à plusieurs genres et refusèrent toute spécialisation. Ils demeurèrent l’un et l’autre des modèles absolus, hors du temps et de toute époque, considérés depuis quatre siècles comme les peintres majeurs de l’histoire de l’art.

Cette exposition souhaite avant tout mettre en valeur le rôle singulier de Rembrandt : artiste le plus influent de cette époque. Rembrandt eut une notoriété qui lui conféra un statut très particulier et en fit le modèle de cette période par sa tolérance, sa modernité, son réalisme poétique et sa puissance émotionnelle traduite principalement par son usage de la lumière. Maître du clair-obscur, Rembrandt apporte à ses modèles, simples portraits ou scènes religieuses, une dimension, une densité, une beauté humaine inégalée qui font de lui le précurseur de la modernité, un analyste de l’âme et des consciences avec trois siècles d’avance sur ses contemporains.

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Johannes Vermeer,  La lettre d’amour, c. 1669-1670, Huile sur toile, 44 x 38,5 cm. Rijksmuseum, Amsterdam. Acquis avec l’aide de Vereniging Rembrandt © Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009 

Johannes Vermeer, The love letter, c. 1669-1670. Oil on canvas, 44 x 38,5 cm. Rijksmuseum, Amsterdam. Acquired thanks to Vereniging Rembrandt © Image Department Rijksmuseum, Amsterdam, 2009.

For its third season, the Pinacothèque de Paris, in association with the Rijksmuseum in Amsterdam, will present one of the most interesting periods in art history: the Dutch 17th century.

That period produced some of the most famous artists of all time, and above all the one whose name has remained one of the leading references for every artist for nearly four centuries: Rembrandt.

The exhibition will put on an outstanding ensemble of over one hundred and thirty pieces, including about sixty paintings, thirty graphic works (drawings and water-colors) ten etchings as well as ten objects to give an extremely visual representation of that period (carved ivories, tapestries, china, wooden miniatures, silverware, glassworks and furnishings).

By means of that period’s works of art, it is easier to grasp how a young republic (1581) was able, thanks to its commercial successes and its tolerant approach to thinking, to become one of the most powerful commercial places in Europe at a time when other European nations were entering an endemic recession and were religiously intolerant: the new-born republic appeared as a promised land where everyone could live in peace and harmony.

It was above all by means of religious forbearance that the Republic of the United Provinces (ancestor of the Netherlands) was to attract a great number of people who found there the possibility of working, thinking and of practicing their religion whereas they were persecuted for their beliefs in their countries of origin.Writers, and thinkers flocked from all over Europe to teach, publish and develop their knowledge.That part of the world thus became the centre of the world as regards knowledge.

Maritime commercial power was to be rapidly associated with that powerhouse of learning. The commercial strength grew thanks to the speed of the ships that traded in the Baltic Sea. Amsterdam soon became a hegemonic commercial powerhouse far ahead of every other European seat of power.

Thus Amsterdam became the leading economic place for industry, commerce and art It was thus quite naturally that the young republic also became a centre wherein culture in its broadest meaning, as much in the visual arts as in letters, was able to flourish. One of the first characteristics of the region was the growth of a new kind of patronage. It was no longer confined to the wealthy aristocratic families, as elsewhere throughout Europe, but also included newly rich businessmen, based on the recently developed maritime commerce. Born into patrician families, that middle class had been the main supporters of works of art. Later on, all those who made money commissioned works of art in their turn, thus creating a sort of competitiveness between the trade guilds and the patrician families, each one feeling the need to exhibit their social success and their economic ascension, as well as their evolving status.

And so the region became the main cultural focus wherein artisans and artists’workshops could flourish. Art and culture made up a new form of economic and industrial prosperity.A form of one-upmanship in those realms was one of its consequences. Every year, new painters sprang up, bringing with them new themes or unusual subjects.Genre painting was born at that time, the description of landscapes was approached in novel ways.

A generation of unprecedented wealth in the history of art sprang up, that was to be found again in Paris only at the end of the 19th century and the start of the 20th century. Some painters also acquired a specialty in very precise fields : still-lives or vanities, with Willem Claesz Heda and Pieter Claesz ; landscapes with Jan van Goyen, Jacob van Ruysdael or else Meindert Hobbema. Jan Steen or Adriaen van Ostade illustrated satires of village life, whereas Gerard Ter Borch and Pieter de Hooch gave themselves up to the comedy of manners and to the genre scenes, which included peasant festivities. Emanuel de Witte and Pieter Jansz Saenredam specialized in painting monuments,Thomas de Keyser and Frans Hals were portrait specialists and Paulus Potter specialized in animal portraits.

We have to set apart individuals such as Vermeer or Rembrandt who are finally not particularly representative of that period. However, they have become its symbols. Unlike other artists, they were interested in several different fields and refused any kind of specialization. One and the other have remained the absolute models, beyond time and period, regarded for four centuries as the leading painters in the history of art.

This exhibition wants above all to put forward Rembrandt’s singular role as the most influential artist of his time. Rembrandt enjoyed a notoriety that gave him a very particular status and made of him the model for that period thanks to his tolerance, his modernity, his poetical realism and his emotional power, chiefly translated by his use of light.A master of chiaroscuro, Rembrandt conferred upon his models,whether simple portraits or religious scenes, an unequalled dimension, a density, a human beauty that made of him the fore-runner of modernity, an analyst of souls and consciousness three centuries ahead of his contemporaries