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Franck Goldbronn, Crabe, 2006. Tirage numérique contre-collé sur alluminium, 65x80 cm. © Frank Goldbronn

L’exposition comporte deux expositions personnelles de Franck Goldbronn et Assan Smati dont les oeuvres nous emmènent au creux des fougères des rives du fleuve Orénoque.

En passant entre les photographies et les eaux-fortes, le voyageur surprend des espèces inconnues aux possibles mutations. D’étranges spécimens sont sortis des réserves du Musée Zoologique de Strasbourg et complètent notre cabinet de curiosités.

À travers deux medias qu’aujourd’hui plus rien ne lie, URDLA et Stimultania célèbrent une histoire centenaire. Le trait gravé sur le tondo replace l’image photographique dans sa fonction originale de reproduction et de diffusion.

Bestiaire, Frank Goldbronn:

C’est une forêt dense et lunaire peuplée d’étranges animaux. Caché derrière un arbre plusieurs fois centenaire, le spectateur observe les créatures intemporelles de Franck Goldbronn.

Dans la tradition des cabinets de curiosité, des textes répertorient chaque animal imaginaire, le décrivent: habitudes alimentaires, évolution de l’espèce, mode de déplacement, comportement...
Chaque photomontage est une découverte scientifique imaginée. L’effet est immédiat : un peigne à écailles posé contre un arbre et c’est un immense arthropode grimpant sur le tronc que nous imaginons. Nos repères sont faussés, les proportions renversées.

« Si l’on a longtemps cru que la mythologie témoignait des sentiments et des idées d’une époque oubliée, de cette période de la jeunesse du monde où l’homme vivait en harmonie avec la nature dont notre chute vertigineuse dans le temps nous éloigne inexorablement, d’une époque où la distinction entre le réel et le fantastique n’était pas clairement définie, où au détour d’un chemin l’on pouvait apercevoir une nymphe sortir de la forêt, la considération des coutumes relatives à l’homme primitif nous éloigne définitivement de cette vision romantique.

Car c’est plus souvent l’horreur qui peuple les bois et c’est par la magie et des rituels tels que des sacrifices humains dont la souffrance en caractérise le prix que l’homme cherche à échapper à la colère des dieux. Et si les mythes, loin des religions, sont généralement la tentative de saisir le monde qui nous entoure, c’est par le récit imagé qu’ils témoignent à la fois de ce monde et de la relation que notre imaginaire entretien avec ce monde.

De cette influence de la mythologie et de son caractère protéiforme, ainsi que de la spécificité des portraits d’animaux symboliques brossés par les bestiaires du moyen âge, cette série de vingt-deux photographies intitulée Bestiaire s’inscrit dans une problématique actuelle liée aux changements climatiques et leurs répercutions sur l’environnement.

C’est une histoire qui vient s’intercaler dans le cours « normal » de l’histoire. Cela commence par un cataclysme, préambule d’un nouveau monde où la plupart des océans se sont retirés. Dans un décor où l’équilibre a été profondément modifié beaucoup d’espèces n’ont pas survécu, quant aux autres, pour la plupart, elles allaient subir des mutations du fait de nouvelles nécessités dans un nouveau milieu.
Bestiaire dresse des portraits imaginaires de ces capacités d’adaptation, condition essentielle au développement de la vie, tout en présentant sous des contours zoomorphes, afin de les rendre plus expressifs et lisibles, différents versants psychiques qui constituent la nature humaine.

L’animal ambassadeur de l’homme pour le meilleur et pour le pire, une nature changeante dans un milieu changeant. Afin d’appuyer la dimension narrative, dans la tradition des bestiaires du moyen âge, des textes accompagnent les images jusqu’au tableau final qui conclut à la lumière d’une prise de conscience. »  Franck Goldbronn.

Eaux-fortes
, Assan Smati:

Présentés dans des tondis, formes d’oeuvres circulaires héritées de l’Antiquité, les "papillons" hybridés et métamorphosés d’Assan Smati répondent subtilement au Bestiaire de Franck Goldbronn.

Ces lépidoptères-hybrides jouent sur l’étonnante association d’animaux disparates jusqu’à créer une forme de monstre fragile que le dessin précis et fouillé de l’artiste vient renforcer.

A l’image de rêves immortalisés où le temps n’est plus, ces gravures représentent un enchantement fugace, l’éphémère d’une vie, celle de "papillons" délicats et tout en dentelle qui s’imposent dans un univers poétique et paradoxal.

Entre beauté et laideur, détachement et sensibilité, imaginaire et réel l’ensemble des gravures trouvent leur place dans notre Cabinet de curiosités, mi-scientifique,

29 mai - 26 juil. 2009. Stimultania, 33, rue Kageneck 67000 Strasbourg