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Magasin Blanc, les vases Manufacture nationale de Sèvres 29 mai 2006 -11 décembre 2008 Photographie Matte Aletti © Marlborough Gallery/Atelier Chu Teh-Chun

Très hautement apprécié en Chine, le maître Chu Teh-Chun, au zénith de son art, vient de consacrer deux ans à la réalisation d’une œuvre céramique. Cinquante-six vases peints de sa main seront exceptionnellement présentés au sein des collections du musée Guimet. Premier artiste français d’origine chinoise élu à l’Académie des Beaux-arts en 1997, Chu Teh-Chun a tenu à honorer le pays qui l’accueille depuis 1955, en associant son talent à celui de la Manufacture nationale de Sèvres. Cette rencontre d’un des artistes chinois les plus importants de sa génération avec le savoir-faire d’un établissement séculaire constitue en soi un événement.

dLe moulage, le coulage, l’émaillage, le décor, le brunissage, au total plus de trois cents heures d’un patient labeur sur chaque pièce créée, a été suivi, documenté et filmé. Cette entreprise permet d’aboutir aujourd’hui à une première présentation au public d’un ensemble intitulé « De neige, d’or et d’azur », dans la Grande Rotonde du musée Guimet qui, à cette occasion, sera transfigurée par la magie de l’abstraction lyrique. A la suite de « La symphonie festive », grande toile créée en 2002 pour l’Opéra de Shanghai, Chu Teh-Chun nous offre de nouveau un univers en perpétuel jaillissement. D’une œuvre à l’autre il interroge les regards dans une perspective, un champ permanent de mutations, qu’il va déployer sur la porcelaine.

Photo : Matte Aleti © Marlborough Gallery/Atelier Chu Teh-Chun

Travaillant dans le silence et la concentration, il transcrit cette langue intérieure d’une très grande sensibilité. Mais pour mener à bien cet exercice difficile de libre improvisation sur une matière exigeante, son exécution doit être précise. Le graphisme est centré autour de la tache qui ponctue et module ; et du trait qui engendre les liens. Afin de donner plus de profondeur à son œuvre, il dépouille successivement sa palette pour se fonder sur trois valeurs chromatiques et à résonances culturelles : le blanc immaculé venu de la porcelaine de Chine, le bleu-saphir du cobalt issu de la Perse, et les ors mats et brillants des anciennes tables royales européennes.

dPour maîtriser cette technique, à la fois proche et lointaine, l’artiste a renoué avec sa patrie intérieure. Comme dans l’espace de ses tableaux, nous entrons dans l’empire de la lumière que son pinceau va s’ingénier à extraire du chaos. A la manière des maîtres de la Chine ancienne, il donne forme à sa vision. En s’inspirant des grands maîtres des Song (960-1278), rejetant l’horizon derrière nous, il nous installe au centre même de ses compositions. D’où l’idée d’une mise en regard directe dans le parcours du musée, de certaines de ses créations avec les œuvres du passé.

(Illustration : Chu Teh-Chun décorant un vase Famille Blanc Portrait de l’artiste peignant sur un vase SR 22 Dimensions : 37 cm ; diamètre : 30 cm Fond blanc et bleu de Sèvres dominant 29 mai 2006 -11 décembre 2008 Photographie Matte Aletti © Marlborough Gallery/Atelier Chu Teh-Chun)

Les 56 vases, habituellement considérés comme objets de décoration, sont des œuvres picturales à part entière. Notre artiste modifie même le rapport en le transformant en contemplation active par sa surface sphérique. Lien subtil entre l’art et la nature, chaque vase nous invite à accomplir une sorte de périple giratoire, sans commencement ni fin, avec une multiplicité de chemins de traverse, où chacun est à même de trouver le sien. Les visiteurs apprécieront ces créations inédites dont la noblesse des formes, la pureté du corps et les sortilèges du décor échappent aux esthétiques orientale et occidentale, pour donner un langage contemporain universel.

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photos  dalbera