P1130231Calme et serein, les yeux brillants, la moustache relevée enfouie dans une barbe grisonnante à la  Saint Saëns, c’est tout près de la Cité de la Musique, que  nous avons rencontré  Simon Basinger (photo), musicologue et rédacteur en chef des ‘ Cahiers Poulenc ‘ -personnage atypique, original et attachant, Nous nous devions de nous arrêter un instant sur un personnage hors du commun-  Artiste et passionné  né ! 

- Simon Basinger à quand remonte votre première rencontre avec  la musique ?

- (Sourire) Nous étions déjà bien baignés par la musique à la maison, car mon  grand père et  mon père étaient eux même musiciens. Mon grand père était violoniste, quant à mon père il pratiquait aussi bien le violon  que le  bandonéon, il lui arrivait même  d’animer des bals populaires en Espagne et en France,   Nous sommes  musiciens  sur trois générations    ! 
gaudi2Très jeune, mon grand père, qui fut l’ami intime d’Antonio Gaudi (photo), le célèbre sculpteur de la Sagrada Familia de Barcelone, enseigna le violon à mon père, il fréquentait assidûment tous ces  milieux artistiques de l’époque  (Federico Garcia Lorca (photo)garcialorca, Antonio Machado)   écrivains, peintres, et musiciens… Puis Ils  quittèrent l’Espagne et son régime Franquiste pour s’installer en France. Mon père était violoniste  et bandonéoniste, bien plus tard  il devint un fidèle de la bande de Piazzolla, bien qu’espagnol, il vouait un véritable culte à l’Argentine et à sa musique!  C’est lui qui m’enseigna  très jeune, le solfège, le contre point et les prémices de la composition. Il me donna mes premiers cours d’accordéon, et suivait mes études, je dirais à la note !, ma mère, par contre, n’étant pas issue d’un milieu artistique, ne faisait qu’assister à nos répétitions et concerts !

Je poursuivis mes cours  au Conservatoire de Musique de Nanterre,  arrêta de pratiquer  l’accordéon,  et   me dirigea   vers la pratique du piano et de  la flûte traversière. Mon  père nous conduisait régulièrement aux Concerts et aux Théâtres, en plus nous avions la chance d’habiter près du théâtre des Amandiers à Nanterre, c’était  à l’époque un  grand chapiteau, c’est  Pierre Debauche le dirigeait, c’est là que je fis mes premiers pas sur une scène et dans l’univers du théâtre ! Chaque soir, j’allais rejoindre les artistes sous le chapiteau, et  j’observais leur travail ! Tout cela me conduisit bien plus tard auprès de mon maître Jean Louis Barrault ! Nous avions aussi, des auditions d’élèves au Conservatoire, ce qui nous obligeait à monter sur scène régulièrement et maîtriser notre trac, vivre cette passion artistique !

Puis, ce fut le conservatoire de région, et le Conservatoire National de Paris, ou j’obtiens mon prix en 1979. Durant, ces années une œuvre m’envoûta plus que les autres, c’est cette fameuse sonate pour flûte et piano de Poulenc, je la découvris en  1974, premier contact ! Première rencontre avec Poulenc !!

- Vous avez travaillé conjointement avec  le théâtre ?

- Oui,  à l’époque, c’était plus facile d’aller au théâtre, et aux concerts, nous avions des cartes d’étudiants, nous permettant d’aller chaque dimanche soir, à Gaveau, nous bénéficions de concerts exceptionnels, je me rappelle d’un concert avec Lily Laskine et JP Rampal, celui d’Yvonne Lefebure jouant le concerto de Ravel, elle sautait littéralement de son siège sur le dernier accord !, Alexandre Lagoya, Maxence Larieu et bien d’autres ….
225px_Jean_Louis_Barrault_and_Madeleine_RenaudAu théâtre, c’était la même chose, Madeleine Renaud et Jean Louis Barrault (photo)  m’avaient adopté, j’ai travaillé la scénographie auprès de Jean Louis,   devint l’ami de Daniel Rivière qui interpréta notamment   le rôle d’Harold ( dans Harold & Maude d’ Higgins), d'Yves Gasc. Arlette Thomas et Pierre Peyroux  au théâtre Paris Villette offraient leur scène aux jeunes  créations, ils avaient   lancé : un  ‘ comme il vous plaira ‘ une sorte de carte blanche aux  jeunes comédiens, musiciens, c’est là que j’ai signé ma première mise en scène ,avec une pièce que j’avais écrite à l’époque : Hôpital Rothschild.
Ma passion pour le théâtre, la musique et l’art en général ne s’est jamais tari, loin de la, avant de me lancer dans l’écriture, la recherche, la production, j’ai participé à de nombreux  forums, redynamiser certain lieux, même les plus insolites ! Proposer et lancer des projets artistiques des plus divers !...

- On  dit de vous  que vous êtes assez  provocateur, fonceur  voire, innovant ?

- Il est vrai, que je suis assez atypique ! , rien de m’arrête, je peux passer des heures devant une porte en attendant d’être reçu par la personne que je veux atteindre, j’ai aussi un don de communication, et crée vite ‘la’   communication , même avec des gens des plus austères  ! il m’arrive aussi de belles rencontres, comme par exemple, celle de mai  1999, ou  dans un bureau de poste, je découvre l’auteur du livre que j’étais en train de lire au moment même !  Alicia Dujvone Ortiz, une des plus grands écrivains d’Argentine, devint de ce fait … ma meilleure amie ! ,

- Vous travaillez souvent avec  le monde Hispanique ?

- C’est un fait, mais pas uniquement  avec ce monde !  , j’ai collaboré avec le soutien de l’Ambassade d’ Argentine, à une exposition sur Rosalia Maguid, "Moshes villes" une exposition de photos, l’arrivée des Juifs d’Europe de l’Est en Argentine, c’est aussi une rencontre insolite avec un spécialiste de l’art en Argentine, Camilo Racana, là aussi dans une situation insolite !
Cette exposition a bien marché, et fut un véritable  succès, mes premiers pas en tant que commissaire d’exposition !

- Revenons à la musique, vous êtes spécialisé sur quatre compositeurs. Pouvez vous nous dire qui sont ils et pourquoi les avoirs choisis ?

Francis_Poulenc_Poulenc- D’abord il y a Poulenc (photo),  comme je vous l’ai dit, ce fut un coup de cœur, Roger Bourdin mon professeur de flûte de l’époque, savait que cette partition me plairait, il a bien vu !   Depuis, Poulenc ne sait jamais séparé de mon patrimoine artistique, j’aime son originalité, son phrasée, son esprit,  ses collaborations, puis  Kurt Weill, sur lequel j’ai présenté ma thèse à l’Université. Pierre Debauche m’introduisit au monde Brechtien  tout comme à l’univers de Robert Musil et de son  inséparable   ‘Der junge Törless ‘, Pierre Debauche présentait des pièces de Bertolt Brecht, avec orchestre en scène, ce fut là que j’entendis  les premiers lieders de Weill, j’aimai, et j’aime toujours cette esprit, j’ai travaillé  il y a quelques années avec un ensemble d’élèves des Cours Florent, à Paris  sur un spectacle de texte de Musil, Brecht et Genet.
C’est un compositeur, qui m’a énormément fasciné, et qui me fascine encore,
Puis, il y a deux compositeurs de  Musique du monde, Antonio Carlos Jobim et Astor Piazzolla, Ce sont des compositeurs qui ont accompagné mon enfance,    tous les soirs, en rentrant   mon père nous divertissait en nous faisant écouter des disques de Jobim, Piazzolla,  voire Carlos Gardel,  tout cela sentait bon l’exotisme,  et par là je m’y suis attaché !   

- Pour revenir  à Poulenc, Vous dites, en parlant des cahiers …"entrez dans le monde de Francis Poulenc" comment doit-on y entrer ?

- Vous savez, pour bien comprendre un compositeur, il faut vivre avec lui,  près de lui,  on rentre chez Poulenc, comme on rentre chez un bon ami, mais avec délicatesse, et la sensualité qu’ il faut  ,il faut  le voir, le découvrir, l’écouter,  pleurer et rire avec lui, avoir et obtenir  l’esprit Poulenc, 
365000758_diffusionPar exemple , J’ai passé, de bons moments avec Henri Dutilleux (photo), notamment un moment intime et fort,  c’ était celui d’Août  2009, chez lui  près de Saint Louis en L’Isle , il m’a raconté son parcours, ses rires et ses pleurs,  son travail,   sa vie si pleine de sens et de rencontres !, malgré qu’il fut très accablé, par l’état de santé de son épouse aujourd’hui disparue,   ce fut pour nous deux, très revivifiant, et touchant de parler de cette passion musicale, et de  remémorer tout ceux aujourd’hui disparu !

- Le cinéma vous a-t-il tenté ?

Non, le cinéma ne me tente pas, je préfère ce côté plus pragmatique du contact avec le public,   j’ai  malgré tout écris le synopsis d’un film, sur la Musique en gérontologie, ce  ‘ Jardin d’hiver’  est un documentaire de 52’, qui  traite de la place de la musique en gérontologie, cette thématique a intéressé la  Fondation Nationale de Gérontologie, qui n’avait rien à son actif sur  tel thème ! elle en fait un DVD professionnel interne. Mais, la musique restera l’âme de ma vie et ma vraie passion,   

- Revenons à la musique, les cahiers Poulenc ont été une véritable réussite. ?

CAHIERS_FRANCIS_POULENC- Les cahiers Poulenc (photo), je les ai pensé et je les vis au quotidien. Il y a trois ans, j’ai proposé ce projet aux héritiers Poulenc, je voulais surtout  redynamiser l’association, apporter mon soutien  à cette merveilleuse famille,  rendre l’ association encore plus visible à l’ International par exemple, un site existe (www.poulencwww.poulenc) très bien fait, dans l’esprit du compositeur,   j’ai lancé cette publication sur et autour du compositeur, je les remercie de la confiance qu’ils m’ont témoigné, et c’est pour moi plus qu’un honneur que de travailler pour un si grand compositeur au sein d’une si belle Association.J’ai beaucoup travaillé sur ce projet, il a fallu trouver les fonds, les collaborateurs,  l’éditeur, Grâce à mon collaborateur et ami Alexandre Rotsztein, directeur artistique de mes projets, nous avons pu mener à bien cette aventure, et  le premier volume est sorti  en Septembre 2008.
d2U9HVnRTo_georges_Pretre_concertIl a eu un très grand succès ! Il est  préfacé par Maître Georges Prêtre (photo),l e Président de l’Association des Amis de Francis Poulenc,  quant au second volume c’est aussi un grand chef d’orchestre  Jean Claude Casadesus  qui m’a tendu la main, rendant encore plus visible notre édition. Je remercie tous ceux qui nous ont soutenu.Nous venons d’obtenir, la labellisation du Ministère de la Culture pour les prochains volumes   le troisième  tome sortira début  Octobre 2010 et sera accompagné d’un enregistrement d’œuvres du compositeur avec téléchargement offert.
J’ai voulu ces ouvrages très ouvert, car il faut briser la glace !  pour un public très large, de nos jours, sans en enlever le caractère principal d’ouvrage musicologique, il faut le rendre plus accessible,  surtout accessible à notre nouvelle génération, c’est en elle que je crois ! C’est une belle expérience, saluée par la presse avec  7 grands pôles d’intérêts qui y sont développés pour 7 publics, musique, littérature,  peinture, danse, mode, région, et religion cher au compositeur.

- Vous avez rencontré plusieurs fois, Roland Petit, qu’est ce que ce chorégraphe a pu vous apporter. ?

15_rolandzizi- Avec Roland Petit et Zizi Jeanmaire (photo Magnum © D.R. / collection La Cinémathèque de la Danse) c’est aussi une histoire d’amour !  , en  1975  je découvris  cette merveilleuse équipe (Petit, Jeanmaire, Colombier, Saint Laurent, Erté  & Pace) au Casino de Paris, je fus frappé par la qualité du spectacle, la qualité des costumes, et des musiques choisies, c’est par eux, que je me rapprochais de la danse !
Roland Petit, vit à Genève, et c’est toujours avec plaisir que j’entretiens des relations amicales avec ce grand chorégraphe.

- Des projets  à venir ?

- Oui,  un grand projet, avec la Semaine Internationale Poulenc, c’est une idée que j’avais depuis longtemps, et que je suis en train de mettre en place,  elle a été officialisé par la Ville , et aura lieu du  22 au 27 Mars  2011,   7 lieux prestigieux de la capitale accueilleront concerts, conférences, films, expositions, C’est  la Bibliothèque Nationale de France qui  ouvrira la semaine  . L’idée a séduit bon nombre de personne  et je suis fier et heureux de pouvoir la créer à Paris, en plus  il me fallait un parrain aimant l’art et la musique, à la hauteur de ce grand compositeur Français, sensible à mon travail, c’est   Monsieur Pierre Bergé qui m’a fait le grand honneur d’en être le parrain, et je dois vous dire combien j’en suis touché  et honoré !

- Rendez vous en  2011 ?

- Avec  plaisir !  Mais vous verrez !  Nous nous reverrons  avant !! Car avec Poulenc, tout cela nous conduit toujours vers ces éternels chemins de l’Amour fait de musiques et de poésies ! Propos recueillis par Jean Christian Fombeur

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