Patino1

Une collection au raffinement légendaire. Copyright: Sotheby’s – ArtDIgital Studio

L’événement qui ouvrira la saison du second semestre les 22 et 23 septembre chez Sotheby’s à Paris refermera le chapitre sur une collection légendaire initiée par Antenor Patiño (1894-1982) et interprétée avec une grande élégance et un raffinement extrême par Beatriz Patiño, Madame Antenor Patiño, jusqu’à sa disparition en 2009. Cette collection, répartie entre sa résidence principale de « La Quinta » au Portugal, et son pied-à-terre à Paris, offre à Sotheby’s une nouvelle occasion de rendre hommage au style et au goût qui ont façonné la légende Patiño.

Le catalogue dédié à cette collection nous invite à découvrir les deux dernières résidences auxquelles Madame Patiño avait apporté le même soin à la décoration : la nouvelle Quinta à Estoril au Portugal, son chef-d’oeuvre créé en 1990, et son pied-à-terre parisien où chaque détail contribuait à créer une subtile harmonie entre profusion baroque et décor plus intimiste. De nombreux objets, meubles ou tableaux seront illustrés dans leurs décors passés, de la première Quinta aux fastueux hôtels parisiens en passant par les luxueux appartements new yorkais.

La collection de meubles et d’objets d’art allie le confort anglais, l’exubérance italienne au classicisme du grand siècle français, et les objets d’art iconoclastes. Appartenant au classicisme, une rare paire de chaises à dossier plat en hêtre laqué et rechampi or illustre la vogue décorative rencontrée à la toute fin du XVIIIe siècle (estimation : 30.000/50.000 €). Elle est directement inspirée par le renouveau antique, qui annonce déjà le style Empire. Un joli siège Louis XV regarni avec velours léopard estampillée F. Leroy conjugue classicisme et esprit de décoration (estimation 40.000/60.000 €).

lot_278

Rare paire de chaise en hêtre patine, laque crème et rechampi or d’époque Consulat, vers 1798. Haut. 90cm. Est. 30 000 – 50 000 EUR. Copyright: Sotheby’s – ArtDIgital Studio

Une paire de tables marqueterie Boulle de style Louis XVI, fut réalisé au XIXe siècle dans le goût de Philippe Montigny à décor d’arabesques, lambrequins et volutes (estimation : 40.000/60.000 €). Une paire de tables de bridge, travail de la maison Jansen, XXe siècle (estimation : 2.000/3.000 €) est comparable à celles provenant de la collection du baron de Redé.

En objets d’art importants, une paire de bras de lumière en bronze d’époque doré, époque Louis XIV (estimation : 40.000/60.000 €), une paire d’importantes appliques murales à un bras de lumière en argent, par Johann Valentin Gevers, Augsbourg, vers 1710 (estimation : 80.000/120.000 €). Une paire de flambeaux en bronze doré d'époque Louis XVI attribuée à Etienne Martincourt (estimation : 50.000/80.000 €). Des modèles comparables sont aujourd'hui conservés à la Wallace Collection et British Museum à Londres, dans la Huntington Collection et au musée Getty à Los Angeles. Une paire de miroirs à parecloses en bois doré, travail italien du milieu du XVIIIe siècle qui proviendrait d’un palais du Nord de l'Italie (estimation : 60.000/80.000 €).

lot_271

 

Paire de bras de lumière en bronze doré à triple branches d’époque Louis XIV. Haut. 25 cm ; height 9 ¾ in. Est. 40 000 – 60 000 EUR. Copyright: Sotheby’s – ArtDIgital Studio

Eléments décoratifs propres à la sculpture Rococo portugaise, une importante paire de sculptures porte-torchères en chêne sculpté, travail baroque portugais du début du XVIIIe siècle, représente deux femmes grandeur nature vêtues dans le goût antique (estimation : 80.000/100.000 €). Ces figures reflètent le début du Rococo portugais qui s'épanouit sous le règne de D. Joao V. Les porte-torchères représentent généralement des anges céroféraires, à l'instar de la paire réalisée en 1726 dans un style proche du sculpteur Marceliano Araujo et de celle du couvent d'Aveiro.

lot_15__suite_

Importante paire de sculptures porte-torchères en chêne sculpté. Travail baroque portugais, début du XVIIIe siècle. Haut. 184 cm, larg. 70 cm, haut. Socle 51 cm. Est. 80 000 – 100 000 EUR. copyright : A Cabral.

L’orfèvrerie se décline quant à elle à l’européenne. Si la France occupe une place de choix par les pièces strasbourgeoises, l’Allemagne, la Russie et l’Angleterre ne sont pas en reste. Les provenances prestigieuses, outre le fameux service commandé par Monsieur Simon I. Patiño à Chaumet, comptent les tsarines Elisabeth I et Catherine II, l’électrice Elizabeth Auguste du Palatinat et de Bavière, la duchesse de Rutland …

Au chiffre d'Elisabeth Auguste, Electrice de Bavière et du Palatinat, deux paires de plats et cloches en argent, l'une ovale et l'autre rectangulaire, Strasbourg, 1767-1769, exécutées par Jacques-Henri Alberti, 1768, et Jean-Louis III Imlin, 1767-1769 (estimation : 25.000/35.000 €). Citons également les couverts en vermeil, au chiffre de la tsarine Catherine II de Russie, Paris, 1757-1758 (estimation : 15 000/20 000 €) et ceux aux armes du cardinal de Rohan, archevêque de Strasbourg, par Joachim Friederich Kirstein, 1758-1808 (estimation : 3 000/5 000 €).

Une paire de jattes triangulaires et leurs cloches en argent provenant du service Mecklenbourg-Schwerin, attribuées à Carl Gustav Hallmuth, St-Petersbourg, vers 1774 (estimation : 50.000/70.000 €). Ce service fut initialement commandé par Catherine II de Russie. Différents orfèvres, russes et français, participèrent à son exécution à partir de 1770. Le fils de la Grande Catherine, Paul, en hérite puis le transmet à sa fille Hélène qui épouse Friedrich-Ludwig, Grand Duc de Mecklenbourg-Schwerin en 1799.

lot_326

Paire de jattes triangulaires et leurs cloches en argent provenant du service Mecklenbourg-Schwerin, attribuees à Carl Gustav Hallmuth, St-Petersbourg, vers 1774. Est. 50 000 – 70 000 EUR. Copyright: Sotheby’s – ArtDIgital Studio

Le goût très sûr qui unit dans une parfaite harmonie les oeuvres de ces différents pays se reconnaît aussi dans des pièces plus contemporaines ou plus exotiques telles celles provenant d’Amérique du Sud. Un lustre spectaculaire en argent, probablement bolivien vers 1700 se compose d’une vasque centrale entourée de quatre motifs en consoles ajourées de rinceaux alternant avec les mêmes motifs plus petits (haut. : 185 cm, larg.100 cm, estimation : 50.000/80.000 €).

Les tableaux anciens présentent une fine sélection d’oeuvres de différentes écoles, française, espagnole et nordique. La spectaculaire paire de scènes de chasse de Jacques-Charles Oudry est très représentative de l’esprit du XVIIIe siècle français (estimation : 100.000/150.000 €). Son style et le choix des sujets traités ici s'inspirent directement de l'oeuvre de son père. Nous pouvons rapprocher la première toile avec le chien barbet d'un autre tableau de l'artiste, daté 1753, et vendu à Paris. Par ailleurs, on retrouve également un cygne dans une attitude très comparable dans une oeuvre de Jacques-Charles Oudry, datée 1740, et conservée à l'Ambassade de Suède à Paris.

lot_281_Oudry_2

lot_281_Oudry

Jacques-Charles Oudry, Chien barbet attaquant un cygne; Epagneul à l’arrêt devant deux perdreaux gris. Huile sur toile, une paire, 120 x 160 cm chacun ; each 47 ¼ by 63 in. Est. 100 000 – 150 000 EUR. Copyright: Sotheby’s – ArtDIgital Studio

Citons également le Portrait de jeune femme à la robe bleue devant un guéridon attribué à Jean-François Garneray, subtile et poétique composition qui illustre merveilleusement le raffinement de la fin du XVIIIe siècle en France présenté dans un magnifique cadre en bronze doré d’époque Louis XVI (estimation : 40.000/60.000 €) ou Oies, canard de barbarie, vanneau huppé et autres oiseaux dans un paysage de rivière, par Robert Griffier provenant des anciennes collections du comte de Shrewbury et Waterford (estimation : 40.000/60.000 €).

L’école espagnole est représentée par deux portraits très influencés par l’oeuvre de Francisco de Goya : un ravissant petit portrait de femme à l’éventail (estimation : 6.000/8.000 €). et le portrait de femme à la robe de mousseline (estimation : 8.000/12.000 €).

La collection de natures mortes dites monochromes, de l’école hollandaise du XVIIe siècle, regroupe des oeuvres dans la lignée des plus grands maîtres du genre, comme Jan Jansz Treck ou encore Pieter Claesz. La composition du tableau de ce dernier reprend une composition de Jan Jansz conservé au musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers (estimation : 8.000/12.000 €).

lot_300

Suiveur de Jan Jansz Treck, Nature morte au pichet, montre de gousset et citron sur un  entablement, 67 x 52 cm, 26 3/8 by 20 ½ in. Est. 8 000 – 12 000 EUR. Copyright: Sotheby’s – ArtDIgital Studio

Elle comporte également une oeuvre signée du rare artiste Maerten de Boelema de Stomme (estimation : 25.000/35.000 €). Elève de Willem Claesz. Heda, il n'apparaît dans les registres de la guilde de Saint-Luc à Haarlem qu'à partir de 1642, à l'âge de trente-et-un ans. Cette nature morte compte parmi les rares tableaux signés de Boelema de Stomme. L'influence de Heda est ici tout à fait perceptible bien que cette fois-ci, l'élève semble avoir pris un peu de liberté dans la composition donnant une impression de confusion.

La vente proposera également de nombreux objets de charme, illustrant le souci du détail que Madame Antenor Patiño. apportait à la décoration de ces différents résidences comme ce coffret recouvert de velours rouge, probablement Italie XVIe-XVIIe siècle provenant de la collection du Prince Solms-Braünfels (estimation : 8.000/12.000 €) ou la paire de lanternes à trois lumières estimées à partir de 500 €, comparables à celles de la collection du baron de Redé.

lot_220

Paire de lanternes à trois lumières en bronze doré de forme pagode. Est. 800 – 1 200 EUR. Copyright: Sotheby’s – ArtDIgital Studio

La vente de cette collection chez Sotheby’s à Paris sera menée en collaboration avec le cabinet Millerand & Saint Seine. Elle s’inscrira dans une tradition qui a débuté en 1986 par la vente de la succession Antenor Patiño à New York. Sotheby’s a ensuite organisé les ventes, toutes aussi réussies, des collections de livres et manuscrits, de mobilier, d’orfèvrerie et de tableaux anciens provenant des différentes branches de la famille Patiño.

Exposition: du vendredi 17 au mardi 21 septembre 10h – 18h, sauf dimanche 19 septembre 14h-18h