Biennale_Perrin_MiroirsTrapani

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Paire de miroirs de Trapani aux dimensions exceptionnelles (95 x 66 cm.). Trapani (Sicile), dernier tiers du XVIIe siècle. © Perrin Antiquaires

Matières: corail ; émail ; bronze doré ; cuivre doré ; glace.

Dimensions: H. 95 cm (37 ½ in); L. 66 cm (26 in) ; Pr. 8 cm (3 in).

Provenance : collection particulière.

Bibliographie Comparative: • Angela Daneu, L’Arte trapanese del corallo, Milano, 1964, p. 153, cat. n°237.

• Enzo Tartamella, Corallo, Storia e arte dal XV al XIX secolo, Palermo, 1985, p. 315.

• Enzo Tartamella, Coralli-talismani sacri e profani, Trapani , Museo regionale Pepoli, 1986, p. 270, cat. n° 103.

• Maria Concetta Di Natale (sous la direction de), Splendori di Sicilia, Arti Decorative dal Rinascimento al Barocco, Milano, 2001, p. 505, cat. n° 48.

De forme octogonale, chaque miroir présente un cadre biseauté en bronze doré à fond uni montrant huit compartiments ornés en continu d’un luxuriant décor de rinceaux d’acanthes exécutés en corail rouge, décor rythmé aux intersections de petits angelots au corps de bronze et tête et membres en corail.

L’ensemble est flanqué de part et d’autre d’une double mouluration incurvée, également en bronze, rehaussée de frises de corail à motifs de denticules. Une étroite bordure de cuivre doré émaillé blanc, montrant une frise de croix insérées dans des cercles, souligne le pourtour du miroir, ce dernier orné pour chacun de ses huit côtés et huit angles, d’une impressionnante suite d’agrafes ajourées à motifs de rinceaux d’acanthes, en cuivre doré émaillé blanc, enrichis de rosaces rayonnantes de corail. L’agrafe de la partie haute, flanquée de branches de corail, est surmontée d’une agrafe similaire mais aux dimensions supérieures, formant ainsi fronton, cette dernière ponctuée d’un petit médaillon de corail sculpté à profil d’ange, placé au centre de deux ailes éployées en cuivre émaillé blanc. Le revers plaqué en bronze doré de chaque miroir est ciselé à motifs de rinceaux.

Le seul autre miroir similaire aux nôtres, aux dimensions légèrement moindres (90 x 55 cm.), aujourd’hui répertorié dans le monde, est conservé à Palerme, au sein de la célèbre fondation Whitaker. Il présente exactement la même structure et le même décor que pour les nôtres, mêmes rinceaux de corail rythmés d’angelots, mêmes rosaces alternant corail et éléments de cuivre émaillés blanc, même revers gravé à motifs de rinceaux;

Membre d’une famille d’entrepreneurs anglais aisés s’étant établie en Sicile au cours de la deuxième moitié du XIXe siècle, Joseph Isaac Spadafora Whitaker (19 mars 1850 - 3 novembre 1936) fut un éminent ornithologue et archéologue. Il est surtout connu pour ses travaux sur les oiseaux de Tunisie. Son nom reste en outre attaché au site archéologique de Motyé. Whitaker occupa en effet les dernières années de sa vie à l'archéologie, achetant l'île de Motyé près de Trapani, site d'une cité phénicienne fondée au VIIIe siècle avant J.-C. Il fit le bilan de ses fouilles dans un ouvrage publié en 1921. Il rassembla également à la même époque ce qui constitue aujourd’hui l’une des plus importantes collections d’oeuvres à décor de corail de Trapani au monde.

Ces oeuvres sont aujourd’hui conservées à Palerme, à la villa Malfitano, située Via Dante, 167, siège de la fondation Whitaker, un édifice bâti entre 1885 et 1889 sur commande du collectionneur. De style Renaissance, sur trois niveaux, la demeure des Whitaker, aujourd’hui ouverte au public, présente toujours son fastueux décor d’origine, avec en particulier sa salle d’été, ornée de fresques par Ettore De Maria Bergler, écrin des précieuses collections d’art: peintures, tapisseries, mobilier, porcelaines, livres rares, sans oublier bien sûr les chefs d’oeuvre de Trapani.

De tout temps, le corail exerça une fascination au moins équivalente à celle des pierres précieuses. L’Antiquité en faisait déjà un large emploi, mais c'est surtout à l’époque médiévale que cette matière commença à être exploitée avec une ampleur et une diversité inconnues jusqu'alors. Elle devint un véritable enjeu économique et gagna des champs d'investigation autres que le strict domaine artistique, intéressant également le monde spirituel ou encore ceux de l'alchimie et de la pharmacologie.

Naples, Torre del Greco, mais surtout Trapani, en Sicile, devinrent les principales plaques tournantes de ce commerce de luxe qui fascina à l’échelle européenne tant les princes que les prélats, et fit la renommée des cabinets de curiosité les plus célèbres;

Située dans la partie occidentale de la Sicile, en face des îles Egades, la ville côtière de Trapani, ancienne Drepanon, acquit toute sa notoriété grâce à ses fameux ateliers spécialisés dans le travail du corail qui, du XVIe au XVIIIe siècle, créèrent des oeuvres à base de bronze, de cuivre ou de laiton doré, argenté ou émaillé, souvent recouvertes de feuilles d'argent émaillées de couleurs verte et rouge, et systématiquement incrustées de corail.

Le musée Pepoli, à Trapani, conserve ainsi une exceptionnelle collection d'autels, de groupes de personnages, de statuettes, de miroirs et autres objets rehaussés de corail, d'ivoire et de nacre, datés pour la plupart du XVIIe siècle. Des oeuvres de Trapani figurent dans le trésor de la cathédrale de Palerme. Le musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, conserve un vase étonnant au corps polylobé de cuivre recouvert sur toute sa surface de petits morceaux de corail et flanqué sur la panse d'un angelot de cuivre doré en demi ronde-bosse. Des collections privées parmi les plus prestigieuses possèdent également de tels objets : citons notamment celles du roi d'Espagne, de la famille Doria, des comtes de Schönborn, à Pommersfelden, des princes de Ligne ou plus récemment celle de la famille Whitaker.

Le corail utilisé à Trapani était péché à proximité. Dès l’Antiquité, Dioscoride mentionnait l'existence de bancs corallifères en Sicile, notamment autour de Syracuse. De nombreux auteurs évoquent également les coraux de la Mer Ligurienne, ainsi que ceux que l'on trouvait près des côtes calabraises, de l'île de Capri, à proximité de Naples, du Mont Argentario, en Toscane, ainsi qu’au large des côtes française, de la Corse et de la Sardaigne.

Ce corail de la Méditerranée, appelé Corallium rubrum, est un corail de couleur rouge de différentes nuances, pouvant aller jusqu'à des colorations rose pâle. Péché entre trente et plus de cent cinquante mètres, il se présente sous la forme de bouquets hauts en moyenne de vingt à vingt-cinq centimètres et larges de dix à quinze.

L’origine mythologique du corail - sang de la tête coupée de Méduse dont il aurait conservé les fabuleux pouvoirs à la source de ses croyances thérapeutiques et propitiatoires - ou sa symbolique chrétienne - sang du christ matérialisé par des perles en forme de gouttes - qui fascina à travers les siècles, constituent sans aucun doute les principales sources explicatives du succès de cette matière pour le moins précieuse.

Le diamètre des rameaux varie de un à quinze millimètres. La technique usitée pour le travail de cette substance dure et calcaire commençait toujours par un choix judicieux du corail brut en fonction de sa forme, de sa couleur et de ses dimensions, suivant ce que l'on souhaitait en faire.

Le débit se faisait dans la masse par sciage au moyen d'un bocfil, en ayant au préalable solidement collé à chaud la pièce de corail sur des supports de bois mêlés à du papier suifé pour lubrifier la lame. Les incisions pouvaient se faire au moyen de petites tenailles et de limes. La pièce était modelée avec une meule. Puis dégrossie, ébauchée, elle passait dans les mains du graveur qui précisait et achevait son décor à l'aide de burins de différentes formes et dimensions. La dernière phase était celle du polissage au cours de laquelle le corail était détaché de son support de bois, puis immergé dans un bain d'eau oxygénée, avant d'être lissé avec de la ponce et de l'huile, brossé avec une préparation à base d'acide, puis lavé en eau courante.

Les pièces de forme ainsi obtenues étaient ensuite intégrées au décor des objets qui nécessitait l'intervention de plusieurs corps de métier, dont des menuisiers, des ébénistes, des fondeurs-ciseleurs, des orfèvres, des émailleurs, des marbriers ou encore des miroitiers.

Ce succès contribua à transformer les artisans italiens en véritables artistes qui très rapidement, dès le XVIe siècle, exécutèrent dans leurs ateliers et avec virtuosité, des statuettes de la Vierge, de saints, des crucifix, des crèches, mais aussi quantité d’objets profanes tels que coffrets à bijoux, miroirs, plateaux, vases, chandeliers, etc.

De tels objets étaient souvent utilisés comme cadeaux diplomatiques offerts aux rois, princes, cardinaux et papes. L'un des plus mémorables de ces présents fut probablement la «Montagna di corallo », acquise le 19 novembre 1570, pour la somme d'environ mille scudi, par le vice-roi de Sicile, Don Francesco Ferdinando Avalos de Aquino, marquis de Pescara, qui l'offrit l'année suivante au roi d'Espagne Philippe II. Un autre exemple tout aussi prestigieux fut le «Tempio di Santa Rosalia », orné de vingt-cinq statuettes de corail, qui fut offert par le Sénat de Palerme au pape Urbain VIII en 1631. De la fin du XVIe à la fin du XVIIIe siècle, des demandes pour des objets de plus en plus riches et élaborés affluèrent de toute l'Europe.

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Paire de panneaux rocaille représentant des chiens en nacre, quartz, corail et coquillages. Allemagne, vers 1760. © Perrin Antiquaires

Matières: coquillages, nacre, corail, quartz et plâtre teinté ; cadre en bois.

Dimensions sans cadre : H. 114 cm (45 in.) ; L. 79 cm (31 in.).

Dimensions avec cadre : H. 132,5 cm (52 ¼ in.) ; L. 97,5 cm (38 ½ in.).

Provenance: Collection Particulière.

Cette paire de reliefs en nacre et coquillages représente deux chiens assis. L’un se tient près d’un pied de vigne sur lequel est posé un oiseau. Entouré de grappes de raisin qui tombent des sarments de vigne, le chien lève la tête vers l’oiseau aux ailes déployées. Un second oiseau, aux longues ailes semblables à celles d’un phénix, vole au-dessus de la scène. Assis près d’un rosier grimpant, le second chien observe son compagnon.

Créé à l’aide de petits coquillages, le pelage des chiens est rendu avec une précision étonnante. Leur museau et leur regard aux yeux noirs et aux paupières tombantes sont retranscrits avec un grand naturalisme. Le plumage du phénix est réalisé à l’aide de morceaux de nacre découpés, tous de taille et de forme identique. De même, les troncs à l’écorce noueuse, les feuilles, les fleurs et les boutons de roses, réalisés à l’aide d’une technique similaire, produisent une impression d’exubérance et de fantaisie. Dans un souci de réalisme, l’herbe et les fleurs sont recréées à l’aide de coquilles et de branches de corail blanchi. Le fond de chaque tableau est piqueté d’arabesques qui répondent aux volutes créées par les décors en coquillages.

Le goût pour les oeuvres en coquillage naît au XVIe siècle, sous l’influence du maniérisme. Artistes et orfèvres mêlent à leurs ouvrages les coquillages les plus rares pour créer des oeuvres qui seront exposées dans les cabinets de curiosités. Au milieu du XVIIIe siècle, le style rocaille emploie de nouveau des coquillages et de la nacre, aux formes échancrées, aux couleurs pastel et iridescentes.

Grâce à l’accélération des échanges commerciaux avec l’Orient et l’Amérique, de nouvelles espèces arrivent en Europe. Tandis qu’en France, en Angleterre, en Espagne et en Italie l’on construit des folies entièrement tapissées de coquilles, les tableaux et objets d’art en coquillages devient une spécialité des pays germaniques où s’étaient perpétués les cabinets de curiosités, appelés Kunstkammern.

Ces commandes étaient souvent d’origine princière, les matériaux employés, aux coûts très élevés, demeurant réservés aux plus fortunés. Auguste II dit le Fort (1670-1733), prince électeur de Saxe, et Frédéric II dit le Grand (1712-1786), roi de Prusse, étaient les principaux commanditaires de ces oeuvres rarissimes. A la fois harmonieuses et surprenantes, elles mettaient également en valeur l’habileté technique de l’artiste.

Une paire de bas-reliefs représentant des musiciens, réalisée par l’Allemand Johann Matthias Jansen (1751-1794), est caractéristique de ces tableaux à la fois naturalistes et merveilleux (ancienne collection Yves Saint-Laurent – Pierre Bergé). Les personnages sont posés sur un fond peint à l’imitation d’un paysage, tandis que nos tableaux sont entièrement recouverts de coquillages et de nacre. Cette technique, plus rare et plus difficile, demande à l’artiste de recomposer un environnement naturaliste à l’aide de matières d’origine marine. Jansen a également réalisé un tableau représentant un jardinier en coquillages, formant paire avec un fauconnier. Ce relief présente une polychromie bleu et rouge en bordure et un traitement des arabesques en coquillages similaires à ceux de notre paire de chiens.

Bibliographie : - Andreas Büttner, Perlmutt. Von der Faszination eines göttlichen Materials, Saint Petersbourg, Imhof, 2000.

- Ingrid Thomas, Coquillages. De la parure aux arts décoratifs, Paris, Citadelles & Mazenod, 2007.

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Plat : Chine (céladon), fours de Longquan, province du Zhejiang. Dynastie Yuan ou dynastie Ming, XIVe – XVe siècle. Montures en bronze doré : France, époque Louis XV, milieu du XVIIIe siècle.

Matières : grès porcelaineux à couverte céladon ; bronze ciselé et doré.

Dimensions: H. 15 cm. (5 7/8 in.); L. 57.5 cm. (22 5/8 in.); Pr. 44.5 cm. (17 ½ in.).

Provenance : collection particulière.

Cet extraordinaire plat creux à lèvre ourlée, aux dimensions exceptionnelles, présente une paroi intérieure à décor de canaux rayonnants disposés autour d’un centre au pourtour souligné de plusieurs cercles concentriques. La paroi extérieure est lisse et le tout repose sur un mince pied circulaire. La forme de ce grand plat témoigne des emprunts faits par les potiers de Longquan à la production des porcelaines à décor bleu et blanc de Jingdezhen.

La monture de bronze ciselée et dorée, attribuée à Jean-Claude Duplessis (1699-1774), bronzier et orfèvre du Roi parmi les plus renommés de son temps, présente une éblouissante qualité de ciselure. Une bordure de joncs rehausse le pourtour du plat, flanquée de deux anses ajourées à volutes festonnées d’acanthes et de fleurons, et de larges agrafes à enroulements, très finement ciselées d’acanthes. Anses et agrafes sont jointes au moyen de volutes d’acanthes s’enroulant autour des joncs. Un imposant piétement à motifs de joncs, enroulements et coquilles festonnées accueille la base du plat. Les coquilles sont liées aux anses au moyen de deux palmes accolées.

Seulement deux plats de ce type sont connus dans le monde. Celui présenté ici, et un second, accompagné d’un pot-pourri, qui fit partie des collections de la Grande Catherine, impératrice de Russie de 1762 à 1796. Ce plat des collections impériales russes figurait encore dans un inventaire du palais Catherine à Tsarsköe Seloe avant la Révolution de 1917. Il appartient aujourd’hui à une collection particulière.

Le pot-pourri, sans le plat, marqué des numéros d’inventaires en cyrillique TS.A. [Direction des Palais de Tsarsköe Seloe] U128-6995 et E.D. / 3932 [Catherine Palace Museum] employés dans les palais impériaux russes avant la Révolution, fut vendu à Londres, par Christie’s, le 5 juillet 2001 (lot n° 100) pour la somme de 861.750 £ (1.439.122 €).

L’apogée de la diffusion des céladons de Longquan, en Chine, coïncide avec la dynastie Yuan. Les formes les plus caractéristiques de cette production sont précisément les grands plats, mais aussi les assiettes creuses et les bols à bord droit.

Les cannelures internes de ces plats peuvent s’apparenter à des pétales de lotus. Leur couverte est d’un vert particulièrement clair et il existe très peu d’exemplaires de ces modèles de céladon recensés aujourd’hui à travers le monde.

Ces porcelaines, fabriquées en Chine furent exportées dès le XIIIe siècle vers les pays islamiques, le Moyen Orient puis l’Europe. Elles furent extrêmement appréciées. L’une des raisons les plus singulières d’une telle faveur à l’égard des céladons fut pendant longtemps la conviction que l’on avait alors du pouvoir de ce matériau d’être capable, par simple changement de couleur, de déceler le poison avec lequel il aurait pu être mis en contact.

A Paris, au milieu du XVIIIe siècle, Lazare Duvaux (vers 1703-1758), l’un des marchands merciers les plus en vue de la capitale, établi rue Saint-Honoré, s’était spécialisé dans les objets montés. Son Livre-Journal couvrant les années 1748-1758 fut publié par Louis Courajod en 1873[1] et fait état de nombreux objets en céladon pour lesquels le marchand s’octroyait les services des plus grands bronziers de son temps, dont Duplessis, afin de les garnir « en bronze doré d’or moulu ».

Parmi ces objets recherchés tant par les membres de la famille royale, que ceux de la haute aristocratie, des financiers ou encore des grands fonctionnaires de l’administration de la Couronne, quelques-uns atteignirent des sommes très importantes.

Ainsi le 13 septembre 1750, le marquis de Voyer se portait acquéreur de « Deux gros vases de porcelaine céladon, montés par Duplessis en bronze doré d’or moulu » pour la somme exorbitante de 3000 livres[2]. Le 11 janvier 1752, le prince de Turenne dépense 1680 livres pour « Un vase en hauteur de porcelaine céladon, monté en bronze doré d’or moulu ».

Le 5 août 1755, la marquise de Pompadour achetait pour 1500 livres « un gros vase couvert de porcelaine céladon, brodé en bas-relief, garni en bronze doré d’or moulu » qu’elle fit livrer au château d’Arnouville, cadeau à Jean-Baptiste de Machault d’Arnouville (1701-1794), contrôleur général des Finances, pour le soutien qu’il lui avait apporté, à la cour, contre le parti dévot[4]. Ce fameux vase, aux montures également attribuées à Duplessis, fut vendu à Paris 1.520.000 € par Sotheby’s, le 23 juin 2004 (lot n° 58).

Jean-Claude Duplessis

Tout à la fois orfèvre, bronzier, cartonnier, marchand et fournisseur de modèles pour la manufacture royale de porcelaine de Vincennes-Sèvres, Jean-Claude Duplessis (1699-1774) est reconnu comme l'une des plus importantes figures des arts décoratifs français.

Si son oeuvre reste cependant mal connue, il est en revanche avéré que les bronzes dorés furent le domaine dans lequel il s’illustra le plus talentueusement, véritable révélation de l'esprit rocaille français. Né en 1699, vraisemblablement à Turin, c’est dans cette ville que l’on trouve en effet une première mention le concernant sous le nom de « Giovanni Claudio Chiamberlano, detto Duplessi ». Selon la tradition, il aurait été attiré à Paris par Juste-Aurèle Meissonnier, mais il semble beaucoup plus probable qu’il prit pied dans la capitale française entre 1734 et 1737 à la demande de son protecteur, Victor-Amédée de Savoie, 3e prince de Carignan, lieutenant général des armées du Roi de France, qui le logea à l’hôtel de Soisson, en qualité d’orfèvre protégé par ce dernier. Le prince de Carignan l’avait probablement rencontré à l’occasion des commandes royales que Duplessis avait exécutées pour Turin, l’un de ses clients n’étant autre que Victor-Amédée II, duc de Savoie et roi de Sardaigne.

La carrière de Duplessis est atypique. Il n’eut jamais aucun titre de maîtrise, et pourtant il portait celui en 1758 d’ «orfèvre du roi», dûment mentionné dans les comptes de la manufacture de Sèvres. Il fut certainement aidé pour cela par l’invention qu’il fit en 1755 d’un tour à calibrer les formes pour la manufacture de Vincennes, et par le soutien de Jacques-René Boileau, son directeur, ainsi que celui, plus considérable encore, du comte d’Argenson, qui lui avait obtenu entre 1749 et 1755 un logement-atelier au Louvre, situé dans les anciens appartements d’Anne d’Autriche. Duplessis devint un ordonnateur de modèles non seulement pour la manufacture, mais aussi pour les grands marchands merciers, à commencer par Lazare Duvaux déjà mentionné.

Dans le domaine du bronze doré où il excella, l’étude de son atelier, inventorié après son décès, laisse à penser qu’il pratiquait à la fois la fonte et la ciselure. Nous savons également qu’il maîtrisait de surcroît la technique de la dorure au mercure.

L’une de ses oeuvres capitales, qui contribua grandement à sa renommée, fut la célèbre paire de braseros commanditée par le ministère des Affaires étrangères, vraisemblablement grâce à Machault d’Arnouville, et que Louis XV offrit comme cadeau diplomatique à l’Ambassade de Turquie en 1742. Un seul de ces braseros est aujourd’hui conservé au palais de Topkapi, à Istanbul.

Le succès qu’il remporta avec cette commande hors norme amena de nombreux marchands merciers à faire désormais appel à ses services pour «monter» en «bronze doré d’or moulu» leurs plus belles céramiques, qu’elles soient orientales ou européennes. Toutes les oeuvres de Duplessis se singularisent par une très grande qualité de ciselure, des montures d’un style acéré voir déchiqueté, et témoignent d’un sens aigu du détail. L’homme excellait en effet dans le travail de finition, se jouant des surfaces – poli, mat, lisse et reliefs – afin d’amplifier les effets d’ombre et de lumière.

Duplessis développa également une activité marchande, certes annexe mais loin d’être anodine. Au fil des années, sa réputation devint telle que l’on vit de riches amateurs et collectionneurs d’objets de luxe, parmi lesquels Blondel de Gagny, le marquis de Voyer ou encore le duc de Chaulnes, faire directement appel à lui. Cela l’amena en conséquence à se constituer son propre stock de pièces de porcelaine, essentiellement orientales, afin de les monter, et d’éviter ainsi l’étape intermédiaire des marchands merciers. Lors de la vente de la collection Jullienne qui se tint à Paris en 1767, il acquit pour 3800 livres de céramiques - « des pots pourris de porcelaine d’ancien Japon », « un magot », « un grand vase de porcelaine de Chine » […] - qu’il revendit assurément avec une solide plus-value, dotées de montures de sa création. Duplessis continua en parallèle à oeuvrer pour la manufacture de Sèvres, cela jusqu’en 1773. Il s’éteignit à Paris au cours de l’année suivante, en 1774.

Spécialiste du mobilier, des tableaux et des objets d’art de la fin du XVIIème siècle au début du XIXème siècle, la galerie Perrin compte parmi les principaux représentants du goût français de cette période, en France comme à l’international. Les Perrin, Père et Fils, exposent leurs oeuvres au coeur du Faubourg Saint Honoré, place Beauvau, sur 500m2 d’exposition. Depuis les années soixante, la famille Perrin a le désir constant de découvrir l’objet rare. Le père et le fils ont à coeur de partager leur passion avec leurs clients et de leur offrir un service de qualité reconnu pour son sérieux.

Outre sa clientèle privée, la Galerie Perrin a des relations continues avec les Musées, les décorateurs français et étrangers. Parmi les Musées, nous pouvons citer le Musée du Louvre, le Musée National du Château de Versailles, le Musée Louis Philippe, le Mobilier National, The J. Paul Getty Museum, Saint Louis Art Museum, Cleveland Museum etc.

La galerie participe aux principaux salons du marché de l’art international tels que la Tefaf à Maastricht, la Biennale des Antiquaires à Paris, et Miami/Design à Bâle.

Monsieur Jacques PERRIN. PERRIN ANTIQUAIRES. Stand N05. XXVe Biennale des Antiquaires. Grand Palais, 15-22 septembre 2010. galerie@perrin-antiquaires.com - www.galerieperrin.com