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Tête d'une statue féminine du type des "idoles aux bras croisés". Vers 2700-2300 av J.-C. Ile de Kéros (Cyclades). Ronde-bosse, polissage, marbre. H. : 27 cm. Don de O. Rayet, 1873. Ma 2709. Antiquités grecques, étrusques et romaines. Musée du Louvre, Paris. © Musée du Louvre

Exceptionnelle par sa taille, cette tête fragmentaire est considérée comme un des fleurons et un des premiers témoignages de la sculpture en marbre grecque, qui s'épanouit dans les Cyclades à l'âge du Bronze Ancien. Le thème privilégié est alors celui des "idoles" féminines nues, debout sur la pointe des pieds, les bras croisés sous la poitrine. Malgré une série nombreuse de statuettes, l'iconographie et la fonction de ces oeuvres demeurent mystérieuses.

Les idoles en marbre

La diffusion de la métallurgie du bronze à partir de 3200 av. J.-C., relayée depuis le foyer anatolien par Chypre, atteint les côtes de la mer Egée et les îles qui la parsèment, leur permettant de quitter l'âge de pierre ou néolithique. Paradoxalement, c'est au cours du Bronze Ancien, c'est-à-dire durant le IIIe millénaire av. J.-C., que sont créés les premiers chefs-d'oeuvre en marbre de la plastique grecque : les "idoles" en marbre poli. Par sa perfection et son exceptionnelle taille, cette tête de Kéros est l'un des témoignages les plus importants de cet art qui s'épanouit dans l'archipel des Cyclades (du grec kuklos, qui signifie "cercle"), autour de l'île de Délos. La statue, qui mesurait à l'origine près de 1,50 m de haut, représente une femme debout, nue, les bras croisés sous la poitrine, les jambes jointes et les pieds tendus sur leur pointe.

Une signification énigmatique

On ignore en réalité la signification exacte de ces figurines, improprement baptisées "idoles", tout comme leur fonction et leur présentation initiales. De nombreuses hypothèses ont été formulées, tour à tour démenties. Certaines, proches des déesses proche-orientales de la fertilité, évoquent l'image d'une accouchée ; d'autres sont interprétées comme la représentation de la défunte, une protectrice des morts ou une servante pour l'au-delà. Leur usage n'était pourtant pas uniquement funéraire, puisqu'elles ont été découvertes à la fois dans les nécropoles et les habitations, et qu'elles portent parfois les traces de réparations antiques.

Une épure géométrique

Travaillée par polissage du marbre par pierre ponce (deux matériaux abondants dans cette région de la Grèce), cette tête en forme de lyre frappe par la pureté et l'équilibre de sa composition. La polychromie rehaussait la blancheur éclatante du marbre pour indiquer les yeux, la bouche ou des tatouages. D'une apparente simplicité, cette oeuvre résulte de la combinaison harmonieuse des surfaces lisses et des volumes. Seules les oreilles, invisibles de face, et le nez sont notés en léger relief et animent ce visage fait de courbes et de lignes sinusoïdes, pour lequel un instrument proche du compas a vraisemblablement servi. Véritable épure géométrique, elle implique un sens aigu de l'abstraction qui a séduit nombre d'artistes du XXe siècle, comme Brancusi, Modigliani ou Picasso. (www.louvre.fr)