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Jean-Michel Basquiat (1960-1988), Water-Worshipper, 1984. Acrylic, oilstick, silkscreen, wood and metal on panel, 210 x 275 x 10 cm. Estimate: 2 300 000-3 000 000 €. Sold for: €2,416,750. Photo: Sotheby's

Paris – Les résultats obtenus ce soir sont un hommage aux artistes surréalistes. Jamais, depuis que Sotheby’s organise des vacations d’Art Impressionniste & Moderne à Paris, une vente n’avait eu une couleur surréaliste aussi marquée.

Des enchères remarquables ont couronné la qualité de cette vente très sélective : 77 lots ont été adjugés pour 15.5M€, bien au-delà de l’estimation haute de 14.3M€.

Selon Samuel Valette, Directeur du département Art Impressionniste et Moderne : « Pour un département dont le Surréalisme est une spécialité obtenir au cours de la même vente des records pour Masson, Man Ray et Toyen est une sorte de couronnement. »

L’enchère la plus haute de la soirée est allée au chef-d’oeuvre d’André Masson, Gradiva, 1939 préempté 2.360.750 € par le Musée National d’Art Moderne.

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André Masson (1896 - 1987), Gradiva, 1939. photo Sotheby"s

huile sur toile, 97 x 130 cm, signé André Masson (en bas à gauche). Estimation 1,500,000—2,000,000 EUR. Préemption du Musée de France à 2.360.750 €. RECORD MONDIAL POUR L’ARTISTE

L'authenticité de cette œuvre a été confirmée par le Comité André Masson. Cette œuvre est par ailleurs reproduite dans le Catalogue raisonné de l'artiste, à paraître prochainement, sous le numéro 1939*7, pp. 360-363.

PROVENANCE! Galerie Louise Leiris, Paris
Collection particulière, Belgique (acquis du précédent)
Acquis du précédent par le propriétaire actuel

EXHIBITED: Berlin, Akademie der Künste; Amsterdam, Stedelijk Museum, André Masson (exposition itinérante), 1964, no. 29
Lyon, Musée de Lyon, André Masson : 1922-1966, 1967, no. 14
Torino, Galleria Civica d'Arte Moderne, Le Muse inquietanti - Maestri del Surrealismo, 1967-1968
Knokke-Le-Zoute, Albert Plage, Casino Communal, Schatten van het Surrealisme. Trésors du Surréalisme, 1968, no. 93
Knokke-Le-Zoute, Albert Plage, Casino Communal, XXIIe Festival Belge d'été, André Masson, 1969, no. 27
Bruxelles, Galerie Govaerts, Hommage à Paul-Gustave van Hecke, 1969
Bordeaux, Galerie des Beaux-Arts, Surréalisme, 1971, no. 164
Munich, Kunsthaus, Der Surrealismus, 1972, no. 283
Knokke-Le-Zoute, Albert Plage, Casino Communal, Collection Nellens, 1972, no. 87
Saint-Étienne, Musée d'Art et d'Industrie, Les Peintres belges et les Surréalistes dans la Collection Gustave J. Nellens, 1972, no. 43
Düsseldorf, Stadtische Kunsthalle, Ausstellung Surrealität-Bildrealität, 1974-75, no. 195
New York, The Museum of Modern Art; Houston, Museum of Fine Arts; Paris, Galeries nationales du Grand Palais, André Masson (exposition itinérante),1976-1977, no. 71
Saint-Étienne, Musée d'Art et d'Industrie, L'Art des années 30 en France, 1979, no. 215
Rome, Villa Médicis, Académie de France à Rome; Auxerre, Centre culturel de l'Abbaye de Saint-Germain, André Masson, L'Insurgé du XXe siècle (exposition itinérante), 1988-1989
Londres, Tate Modern; New York, The Metropolitan Museum of Art, Surrealism. Desire Unbound, 2001-2002, no. 1230
Madrid, Museo Nacional Centro de Arte Reina Sofia, André Masson (1896-1987), 2003
Bâle, Fondation Beyeler; Wien, Kunstforum, Eros in der Kunst der Moderne (exposition itinérante), 2006-2007
Paris, Galerie Malingue, Grands Surréalistes, 2008, no. 36

LITERATURE AND REFERENCES: Michel Leiris & Georges Limbour, André Masson et son univers, Genève-Paris, 1947, reproduit p. 138
Patrick Waldberg, Chemins du Surréalisme, Bruxelles, no. 1, reproduit p. 13
Sarane Alexandrian, L'Art surréaliste, Paris, 1969, no. 66, reproduit p. 73
Patrick Waldberg, 'André Masson ou le monde dans un grain de sable', XXe siècle, no. 32, Nouvelle série, XXXIe Année, Panorama 69 - Les Grandes expositions dans les Musées et les Galeries en France et à L'Étranger
Whitney Chadwick, 'Masson's Gradiva : The Metamorphosis of a Surrealist Myth', The Art Bulletin, New York, vol. 52, no. 4, décembre 1970, pp. 415-422
Jean-Paul Clébert, Mythologie d'André Masson, Genève, 1971, no. 114
Patrick Waldberg, Les Demeures d'Hypnos, Paris, 1976, reproduit p. 206
Gaëtan Picon, Journal du Surréalisme, Genève, 1976, reproduit p. 158
'André Masson von Automatismus zur Allegorie', Kunstforum International, janvier-février 1987, reproduit p. 132
Patricia de Beauvais, 'Masson - Le rêveur insoumis', Paris-Match, Paris, 20 novembre 1987, pp. 106-114, reproduit p. 113
Françoise Levaillant, André Masson - Les Années Surréalistes - Correspondances 1916-1942, Paris, 1990, no. 48, reproduit
Dawn Adès, André Masson, Paris, 1994, no. 68
Camille Morando, Peinture, Dessin, Sculpture et Littérature autour du Collège de Sociologie pendant l'entre-

NOTE: Gradiva est l'un des tableaux majeurs de tout l'œuvre d'André Masson. Son format spectaculaire et la fécondité du mythe de Gradiva dans l'imaginaire surréaliste l'imposent également comme l'un des tableaux phares du Surréalisme, par lequel André Masson voulut officialiser en 1939 sa réconciliation définitive avec le groupe d'André Breton. A la fin des années 30, la peinture surréaliste atteint son apogée, et Gradiva en est l'une des réussites les plus éclatantes. L'œuvre puise son inspiration dans une imagination des plus sauvages et rassemble beaucoup des éléments principaux du Surréalisme des quinze années précédentes pour créer une composition fantastique et surprenante.

Exposé dans toutes les grandes rétrospectives consacrées à l'œuvre d'André Masson, ce chef-d'-œuvre a également figuré dans l'exposition Grands surréalistes organisée par la Galerie Malingue en 2008. Cette exposition rappelait combien l'expérience du grand format pour les peintres surréalistes avait pour ambition d'impressionner, de submerger et d'étourdir le spectateur. La présence extraordinaire de cette jeune fille à-demi pétrifiée, les tonalités riches et flamboyantes des rouge, pourpre, rose corail, jaune pur, vert d'eau et mauve qui éclairent d'une lumière d'apocalypse le décor emprunté à la Villa des Mystères de Pompéi, l'audace de la composition où le Vésuve est représenté à l'échelle d'une fleur de pavot, et enfin la puissance dégagée par cette métamorphose en arrêt sur image, font de la Gradiva d'André Masson une véritable expérience visuelle et sensuelle. Conservé successivement dans deux collections particulières européennes (belge puis française), ce tableau très célèbre est pour la première fois présenté en vente aux enchères.

Le tableau d'André Masson Les Quatre Éléments (1924) avait frappé si vivement André Breton lors de sa visite, sur les conseils de Robert Desnos, de l'exposition Masson à la galerie Simon (25 février-8 mars1924) qu'il en avait fait, sur le champ, l'acquisition avant même de rencontrer le peintre. Cette toile demeure, en quelque sorte, représentative de la première période surréaliste d'André Masson qui s'achève en 1929 après une brouille avec Breton. Gradiva (1939), quant à elle, est emblématique de la seconde période qui se poursuivra jusqu'en 1942. Les liens d'amitié et de coopération artistique s'affirment, de nouveau, face au danger fasciste qui menace l'Europe, à partir de novembre 1936, entre l'artiste, de retour d'Espagne, et le groupe surréaliste.

Gradiva est une nouvelle de l'écrivain Wilhelm Jensen, de 1903, dont Sigmund Freud fit l'analyse dans un essai, de 1906, intitulé : Délire et rêves dans la "Gradiva" de Jensen, publié en français en 1931 dans une traduction de Marie Bonaparte, qui demeure une tentative d'interprétation psychanalytique exemplaire d'une œuvre d'art. Cette nouvelle relate la quête d'un jeune archéologue Norbert Hanold, fasciné par un bas-relief romain représentant une jeune femme, à la démarche d'une grâce singulière, qu'il nomme Gradiva "celle qui avance". À la suite d'un rêve, Hanold, convaincu que Gradiva est morte à Pompéi en l'an 79 victime de l'éruption du Vésuve, décide de se rendre sur les lieux du drame. Il y croise une inconnue qu'il prend tout d'abord pour une apparition, puis pour la réincarnation de son idole et qui se trouve être, en réalité, une camarade d'enfance oubliée, Bertgang, traduction allemande de "celle qui s'avance".

Cet ouvrage retint l'attention des surréalistes dont celle de Dalí qui réalisa une huile sur toile : Gradiva retrouve les ruines anthropomorphes en 1931 puis deux encres sur papier en 1932. Il n'est pas indifférent de signaler que Breton choisit la dernière phrase du texte de Jensen pour la mettre en exergue aux Vases communicants en 1932.

Chargé d'animer, en février 1937, une galerie, située 31 rue de Seine, Breton la nomme Gradiva. Il confie à Marcel Duchamp le soin d'en dessiner la porte d'entrée et précise dans un texte prévu pour l'inauguration du lieu:

« Qui peut bien être celle qui avance sinon la beauté de demain, masquée encore au plus grand nombre et qui se trahit de loin en loin au voisinage d'un objet, au passage d'un tableau, au tournant d'un livre ? Elle se pare de tous les feux du jamais vu qui font baisser les yeux à la plupart des hommes. Elle n'en hante pas moins leurs demeures, glissant au crépuscule dans le couloir des pressentiments poétiques. Sur le pont qui relie le rêve à la réalité, "retroussant légèrement sa robe de la main gauche" GRADIVA .»

Dans une lettre à Michel Leiris, du 4 juillet 1938, André Masson écrit : « J'ai beaucoup lu depuis deux semaines et pas de journaux ! : Gradiva de Jensen —L'histoire des treize de Balzac où l'imbécile se marie au génial d'une manière incroyable : La fille aux yeux d'or et un article sur Piero de Cosimo dans "Minotaure" où il y a des choses curieuses.» Il est indéniable que le grand lecteur qu'était Masson répercutait ensuite dans son travail la "connaissance affective où les images chargées d'émotion viennent au premier plan" comme l'écrit Leiris. Le même Leiris qui signe, dans son texte "Mythologies" inclus dans l'ouvrage, réalisé avec Georges Limbour, André Masson et son univers, en 1947, cette superbe évocation de la Gradiva peinte par Masson dans un décor inspiré de la Villa des Mystères de Pompéi : " Mi-femme, mi-statue, montrée sur un fond d'éruption, de plantes somnifères et de bourdonnements d'insectes, entre ses jambes s'ouvrant l'abîme d'un coquillage et les plis de sa toge se muant en pièce de boucherie".

Pour illustrer le recueil de Breton : Martinique charmeuse de serpents Masson, compagnon d'infortune de l'auteur sur le chemin de l'exil, au printemps 1941, réalise une série de dessins dont une nouvelle version de Gradiva avec cette légende manuscrite : " ...Et toujours au soleil la démarche des porteuses — c'est le pied de Gradiva — Oui le sol est vraiment touché—la terre est appuyée ".

De la même veine que La métamorphose des amants (1938) ou Pygmalion (1939) Gradiva est une œuvre majeure de la production surréaliste d'André Masson. À la veille de la Seconde Guerre mondiale André Breton écrit, à propos du peintre, le 31 janvier 1939, année de la création du tableau, dans Prestige d'André Masson : " C'est le guide le plus sûr, le plus lucide qu'il y ait vers l'aurore et les pays fabuleux. Avec lui, par-delà les prouesses des jongleurs et les exploits des tire-laine, nous touchons au mythe véritable en construction de cette époque. " Jean-Michel Goutier

Sotheby's a également eu le privilège de présenter huit remarquables tableaux et photographies de Man Ray provenant de la Collection Georgia et George Blaine (total : 1.6M€)

La célèbre composition Les Beaux Temps a été adjugée 1.520.750 € établissant un nouveau record mondial pour un oeuvre de Man Ray vendue aux enchères.

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Man Ray (1890 - 1976), Les beaux temps. photo Sotheby's

huile sur toile, 50,5 x 61,2 cm. Peint à Hollywood en 1941, signé Man Ray et daté 1941 (en bas à gauche). Estimation 300,000—500,000 EUR. Lot vendu 1,520,750 EUR à un anonyme. RECORD MONDIAL POUR L’ARTISTE

Cette œuvre sera incluse dans le Catalogue of the Paintings of Man Ray actuellement en préparation par Andrew Strauss et Timothy Baum.

PROVENANCE: Georgia et George Blaine, Hollywood (acquis de l'artiste à Hollywood au milieu des années 1940)

EXHIBITED: Pasadena, Art Institute, Retrospective Exhibition 1913-1944, Paintings, Drawings, Watercolors, Photographs by Man Ray, 1944, no. 2

LITERATURE AND REFERENCES: Arturo Schwarz, Man Ray, The Rigour of Imagination, Londres, 1977, no. 508, p. 318, partiellement reproduit dans une photographie du studio à Vine Street
Sotheby's, Londres, Man Ray Paintings, Objects, Photographs, 22 mars 1995, reproduit sous le lot 28
Santa Monica, Track 16 & Robert Berman Galleries, Man Ray : Paris-L.A.,1996-97, p. 55, reproduit dans une photographie (cf. fig. 2)
Nice, Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain, Man Ray, Rétrospective 1912-1976 (catalogue d'exposition), 1997, p. 199, reproduit dans une photographie (cf. fig. 2)
Tokyo; Osaka; Kyoto, Man Ray, Rétrospective Photographique 1917-1975 (catalogue d'exposition itinérante), no. 2-22, p. 55, reproduit dans une photographie (cf. fig. 2)
Germano Celant, Man Ray, Juliet et Man, Paris, 1998, p. 36, reproduit dans une photographie (cf. fig. 2)

NOTE: signed 'Man Ray' and dated '1941' (lower left), titled 'Les Beaux Temps'; signed 'Man Ray' and titled 'Les Beaux Temps' (on the stretcher), oil on canvas. Painted in Hollywood in 1941.

Fig 1 Man Ray, Le Beau temps, 1939, huile sur toile, Collection particulière © Man Ray Trust/ADAGP, Paris 2010

Fig. 2 Man Ray, Juliet allongée devant 'Les Beaux Temps' à Vine Street, photographie © Man Ray Trust/ADAGP, Paris 2010

Peint en 1941, Les Beaux Temps est la seconde version d'une des compositions parmi les plus célébrées de Man Ray, Le Beau Temps de 1939 (fig. 1), que l'on peut considérer sans hésitation comme un chef-d'œuvre de la peinture surréaliste des années 30 et certainement comme la dernière peinture majeure entreprise par Man Ray avant de fuir la France pour les Etats-Unis. Après avoir consacré près de quinze années de sa vie à la photographie, Man Ray retourne à la peinture vers la fin des années 30, et, avant la fin du deuxième conflit mondial, peint certainement ses plus brillantes compositions surréalistes.

Avant 1940, Man Ray est contraint de quitter la France pour retourner à sa terre natale en tant que réfugié. Il arrive à New York au cours de l'été 1940 et s'installe à Hollywood avant la fin de l'année. C'est là qu'il fait la connaissance de Juliet Browner, une danseuse professionnelle de New York, qui devient rapidement sa muse et concubine et avec qui il s'installe au 1245 Vine Street à Hollywood. Le couple se marie en 1946, lors d'une double cérémonie aux côtés de Max Ernst et Dorothea Tanning. Craignant que toutes ses peintures puissent périr en France sous l'Occupation, Man Ray décide d'en repeindre certaines, parmi les plus récentes, notamment la présente version des Beaux Temps de 1941. Les nouvelles versions de ses peintures basées sur des photographies en noirs et blancs ne sont pas des répliques : "Pourquoi faire tout simplement des copies simples, ce serait une corvée? Partant des grandes lignes et de la composition initiales, j'ai commencé à improviser librement. D'autres peintres avaient fait beaucoup de variations autour d'un même sujet - je ferais quelque chose d'entièrement différent à chaque fois, pour maintenir mon enthousiasme et intérêt" (Man Ray, Autoportrait, Boston, 1988, p. 264).

Débordantes de couleurs et d'imagination, remplies d'énigmes à déchiffrer, les compositions proches de Le Beau Temps (Fair Weather) et Les Beaux Temps (Good Times) sont de véritables déclarations de Man Ray qui prédit alors les atrocités de la menaçante guerre mondiale en cours. Mettant toute son énergie à résumer la plupart de ses préoccupations actuelles, comme il l'a déjà fait auparavant dans d'autres œuvres clés : The Rope Dancer Accompanies Herself with her Shadows (1916) ou A l'Heure de l'Observatoire (1932-34), Man Ray associe ici des sujets inspirés de ses rêves reflétant sa propre situation et l'actualité d'une guerre mondiale sans fin.

Man Ray a mentionné la version de 1939 dans son autobiographie : "la peinture était moins prophétique par rapport au passé, comme un baromètre avec un diagramme avec lequel on peut lire ce qui était dit auparavant, déduisant la tendance pour l'avenir" (Autoportrait, p. 242). Le côté droit de la composition évoque la vie de Man Ray en France avant la guerre : une figure centrale debout aux couleurs éclatantes renvoient à la liberté et à l'imagination qui régnaient dans le Paris Surréaliste des années 1930; une table de billard qu'il représente dans La Fortune (la Chance); la maison de l'artiste à Saint Germain-en-Laye, dévoilant un couple s'embrassant, allusion à la relation de Man Ray avec Ady Fidélin, une belle femme originaire de la Guadeloupe, vers la fin des années 30; sur le toit, deux bêtes se livrent combat, prédiction de la guerre inspirée d'un rêve : " Une nuit, j'ai entendu au loin des armes à feu et quand je me suis de nouveau endormi, j'a rêvé que deux animaux mythologiques s'affrontaient sur mon toit " (Autoportrait, p. 241).

Pour intensifier le mystère, Man Ray place un petit paquet ficelé à l'aide d'une cordelette entre le pied de la table de billard et la flaque de sang. Son contenu est inconnu mais renvoie à sa célèbre photographie de 1920, immortalisant une machine à coudre enveloppée dans une couverture, L'Enigme d'Isidore Ducasse, hommage aux Chants de Maldoror par le Comte de Lautréaumont, dont les écritures avaient immensément influencé les Surréalistes.

Sur le côté gauche cependant, séparé de la droite par une porte à panneaux dont le trou de la serrure laisse échapper du sang, un autre endroit est intelligemment dépeint, celui du feu et du sang, les conséquences de la guerre. De nouveau, au centre, une figure semblable à l'Arlequin, composée de formes géométriques enflammées d'orange et de rouge feu, est debout, représentée dans un paysage infertil et noirci par les cendres, portant la fourche du mal; un mur cassé renvoie aux invasions multiples de territoires au début de la guerre; et peut-être a posteriori, Man Ray rend-il ici hommage à l'importance des sciences dans l'art par le biais d'un livre scientifique ouvert en bas à gauche, révélant des formes géométriques, qui apparaît aussi dans une de ses œuvres de 1939 intitulée Quadrature. Les deux figures affichent des saillies géométriques sur leurs têtes, allusions aux changements que Man Ray a vécu : en 1939, il était face à la perspective de s'enfuir de France et retourner en sécurité aux Etats-Unis et, en 1941, son amour fleurissant pour Juliet lui a permis de prendre de réjouissantes décisions relatives à sa vie privée.

Alors que la version de 1939 se caractérise par une surface de peinture fortement polie et composée, la version de 1941 révèle un style différent, et présente une surface plus en relief exhibant d'énergiques coups de brosse. Ce nouvel aspect traduit sans doute l'émotion et la détermination de l'artiste qui sont alors intensifiées par les événements récents menant les Etats-Unis dans la Deuxième Guerre mondiale. La composition de 1941 révèle deux changements importants : la table de billard, symbole de la chance (La Fortune), est davantage mise en évidence et le sang qui s'écoule par le trou de la serrure est devenu une grande flaque rouge, témoignant de la quantité de sang versé durant la guerre avant 1941.

La première version de 1939 a été conservée par Man Ray jusqu'à sa mort en 1976. En dépit de nombreuses offres de musées et de collectionneurs, l'artiste a résisté à la tentation de la vendre. Ce magnifique tableau a finalement été vendu lors de succession de Juliet Man Ray chez Sotheby's à Londres, le 22 mars 1995. La présente version a été acquise par Georgia et George Blaine peu de temps après son unique exposition lors de la première rétrospective de l'artiste en 1944, et n'a jamais été vue ou publiée jusqu'à aujourd'hui. Andrew Strauss (Octobre 2010)

Enfin, le marché international a une nouvelle fois confirmé l’indéfectible côte des oeuvres de Picasso : les deux superbes Grands vases aux danseurs conçus en 1950, illustration sublime du travail de Picasso sur la céramique lors de ses années passées à Vallauris. réunis en un seul lot, ont été adjugés 625.500 €.

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Pablo Picasso (1881 - 1973), Grands vases aux danseurs, 1950. photo Sotheby"s

vase pansu au grand col; terre de faïence rouge, fond peint à l'engobe blanc; h. : 71,3 cm; d. : 34 cm. Conçu en 1950 et tiré à 25 exemplaires numérotés.  Porte les cachets Madoura Plein Feu et Empreinte originale de Picasso et numéroté 18 (sur l'intérieur). Estimation 120,000—180,000 EUR. Lot vendu 312,750 EUR à un anonyme. RECORD MONDIAL POUR DES CERAMIQUES DE L’ARTISTE

LITERATURE AND REFERENCES: Alain Ramié, Picasso : Catalogue de l'œuvre céramique édité 1947-1971, Vallauris, 1988, no. 114, un autre exemplaire reproduit p. 63

Fig. 1 Henri Cartier-Bresson, Matisse devant une vase céramique de Picasso dans la villa du rédacteur E. Teriade à Saint-Jean-Cap-Ferat, juin 1951, © Henri Cartier-Bresson/Magnum Photos

Fig. 2 Photographie du lot 23 in situ

NOTE: C'est lors de son emménagement à Vallauris avec Françoise Gilot en 1948, que Picasso exécute une série de 25 grands vases aux danseurs. La tradition potière de Vallauris remonte à l'époque gallo-romaine mais l'étonnante production céramique réalisée par Picasso à l'atelier Madoura révélera l'importance de ce centre de poterie au cours du XXe siècle. Ce cadre a en effet permis à Picasso d'explorer les réels potentiels du travail de l'argile. En authentique maître potier, Picasso n'appréhende pas comme une toile les formes courbées de ses vases, remplaçant l'huile par le vernis, au contraire, l'artiste se passionne pour les qualités intrinsèques de l'argile et appréhende ses créations comme des objets tridimensionnels.

La forme arrondie du vase n'est pas seulement limitée à la vision d'une surface uniforme, elle dévoile des danseurs immortalisés dans des positions variées. Picasso n'échappe pas à l'analogie entre la beauté féminine et les vases antiques bien établie dans l'art Occidental depuis la Renaissance. Il peint délibérément dans des tonalités qui rappellent les décorations antiques; et les courbes des figures dansantes, leur taille et leurs cuisses épousent parfaitement la courbe du ventre de ses amphores.

02

Pablo Picasso (1881 - 1973), Grands vases aux danseurs, 1950. photo Sotheby"s

vase pansu au grand col; terre de faïence rouge, fond peint à l'engobe blanc; h. : 72 cm; d. : 34 cm. Conçu en 1950 et tiré à 25 exemplaires numérotés.  Porte les cachets Madoura Plein Feu et Empreinte originale de Picasso et numéroté 19 (sur l'intérieur). Estimation 120,000—180,000 EUR. Lot vendu 312,750 EUR à un anonyme. RECORD MONDIAL POUR DES CERAMIQUES DE L’ARTISTE

LITERATURE AND REFERENCES: Alain Ramié, Picasso : Catalogue de l'œuvre céramique édité 1947-1971, Vallauris, 1988, no. 114, un autre exemplaire reproduit p. 63

PARIS.- Sotheby’s Evening Sale of Contemporary Art totalled €9.3m, led by Jean-Michel Basquiat's iconic Water-Worshipper (1984) at €2,416,750. This magnificent painting echoes Basquiat's Haitian origins, combining personal cultural memories with the evocation of oppressed minorities in the Americas.

The second highest price in this first session, €1,352,750, went to Jean Dubuffet's monumental sculpture Métalogie aux Turbulences (1971) from his celebrated Hourloupe cycle, with its flat expanses of red, blue, white and black – a contrasting approach to his earlier works, with texture banished in favour of compartmentalized surfaces of flat colour, an approach Dubuffet also used for paintings and installations.

The sale posted world record prices for two European artists: Germany's Emil Schumacher – €480,750 for his Solluk (1962); and Czech artist Josef Sima – €288,750 for Fall of Icarus II (1959), evoking the famous myth "like a luminous whirlwind disintegrating earthly matter, transformed into light as if during a cosmic catastrophe" (Frantizek Smejkal).

Meanwhile the Day Sale on December 8 saw the international art market confirm the current demand for sculptures by Robert Indiana and César. Robert Indiana's celebrated sculpture Love from 1966, in a version made in 1998, posted the session's top price of €228,750. César's impressive automobile compression Shock Red 165, shown at the Cartier Foundation in 2008 and from his famous 1998 series of monochrome compressions made from Fiat cars, sold in line with the high estimate for €202,350.

André Masson's Masterpiece Gradiva (1939) pre-empted by the Centre Pompidou for €2.3m
The results obtained here this evening paid tribute to the Surrealists. It was the first time since Sotheby’s began staging sales of Impressionist & Modern Art in Paris that an auction has had such a strong Surrealist feel.

Outstanding prices heralded the overall quality of this highly selective sale, whose 77 lots brought €15.5m – well clear of the combined high estimate of €14.3m.

In the words of Samuel Valette, Head of Impressionist & Modern Art: "Given that Surrealism is a speciality of our department, obtaining records for Masson, Man Ray and Toyen during the same sale is a wonderful achievement!"

Sotheby's were also honoured to offer eight remarkable paintings and photographs by Man Ray, from the Collection of Georgia & George Blaine (total: €1.6m). The celebrated composition Les Beaux Temps fetched €1,520,750 to establish a new world record for Man Ray at auction.

Meanwhile the international art market again confirmed the insatiable demand for Picasso: his two superb Large Vases with Dancers, designed in 1950 and sublime examples of his ceramic output during his Vallauris years, sold jointly for €625,500.

The evening's highest price, €2,360,750, went to André Masson's 1939 masterpiece Gradiva. It was pre-empted by the Centre Pompidou.