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Jean-Michel Fauquet, extrait de l’exposition «Poids et mesures de l’obscur», 2010. Photographie. Courtesy Maison d’art Bernard Anthonioz © Jean-Michel Fauquet

«Précisément ce qu'on ne veut pas savoir.
Précisément ce qu'on ne veut pas admettre.
Pas plus que le noir n'est une couleur»
Annie Le Brun

«Poids et mesures de l'obscur» ouvre, à la Maison d'art Bernard Anthonioz, un nouveau cycle d'expositions monographiques consacrées à des photographes reconnus qui ont déjà constitué une oeuvre conséquente dont ces expositions ont pour ambition de présenter la richesse et la variété.

Le premier photographe de ce nouveau cycle est Jean-Michel Fauquet. Depuis les années 1970, Jean-Michel Fauquet «fabrique» des photographies. Mais peut-on parler pour son travail de photographies? Dans leur élaboration, la main semble tenir une place au moins égale à celle de l'oeil. Le façonnage et la mise en scène y sont aussi prépondérants.

L'instantané disparaît sous la patine, la cire, le crayon ou la plume. Le sujet est tenu à distance respectable même lorsqu'on ne semble donner à voir qu'un «simple» paysage. Le paysage occupe une place importante dans l'oeuvre de Fauquet, mais dans ces paysages comme désaffectés, «c'est la déshérence, la perte et le deuil du monde qu'il a photographiés» comme le dit Pierre Bergounioux qui rajoute: «Et toujours, sur ces sites autrefois enchantés, une ténèbre dont on ne sait si elle est dans le monde ou dans le regard qu'on porte sur lui quand tout est fini».

A côté de cette partie de l'oeuvre qu'on qualifierait de «naturaliste», bien conscient toutefois de toute la supercherie d'une telle nature, on trouve — fondu-enchaîné — tous les objets photographiques issus de la fabrique Fauquet. Elaborés, conditionnés, sculptés, travestis à partir de matériaux pauvres glanés dans la rue (cartons, papiers d'emballage, cordages), ils forment des ensembles distincts, classifiés méticuleusement puis nommés avant d'entrer dans un cabinet de curiosités jamais rassasié.

Là, le paysage tout à coup se trouble de chaos et d'amoncellements, de nasses échouées, de troncs de carton-pâte, de vestiges pré-fabriqués. Viennent enfin tous les outils forgés pour d'obscurs travaux, les corsets, les attèles conçues pour redresser des malformations dont on ne se souvient plus, dans une prolifération que rien ne semble pouvoir arrêter.

«Poids et mesures de l'obscur», consacrée au travail photographique singulier de Jean-Michel Fauquet, nous plonge dans son monde aux reflets sombres, où les notions de réel, de certitude et de vérité s'estompent. Choisies parmi la production récente de l'artiste ou dans des cycles plus anciens, ces photographies tentent de reconstituer un univers entièrement pensé pour se jouer de nos repères.

Un univers de natures mortes, de paysages incertains, d'architectures délaissées. Un univers où la présence humaine semble limitée à de rares personnages qui ne sauraient communiquer sans leurs étranges prothèses. Une encyclopédie imaginaire d'instruments ou d'outils dont l'usage se serait perdu, un catalogue poétique d'objets introuvables.

Ces mondes font tous partie de la cosmogonie d'un artiste qui nous pose sans cesse la question de la valeur des choses, dans une perception peut-être obscure, mais invraisemblablement ouverte.

Un objet-document sera publié accompagné d'un texte d'Annie Le Brun, spécialement écrit à l'occasion de l'exposition.

Maison d´art Bernard Anthonioz, 16, rue Charles VII, 94130 Nogent-sur-Marne. T. 33 1 48 71 90 07 - www.ma-bernardanthonioz.com

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Jean-Michel Fauquet, extrait de l’exposition «Poids et mesures de l’obscur», 2010. Photographie. Courtesy Maison d’art Bernard Anthonioz © Jean-Michel Fauquet