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Suite de trois têtes masculines en porphyre. Rome, IVe siècle. photo Marc-Arthur Kohn

Matériau Porphyre H. 17 cm environ pour chaque tête - Estimation : 60 000 - 80 000 €

Cette rare suite en porphyre sculptée en ronde bosse représente trois têtes d'hommes antiques, aujourd'hui non identifiés. Chacun des personnages est finement incisé et traité avec naturalisme. Ils adoptent tous les trois une physionomie et une attitude différentes; l'un esquissant un sourire, l'autre une mine sévère, tandis que le troisième, arborant un nez très épaté, prend un air rieur, voire moqueur.

Au-delà de l'identification précise de ces hommes, le grand intérêt de cette série que nous présentons réside dans la matière utilisée par le sculpteur : le porphyre, cette roche couleur pourpre, si symbolique et issue des mouvements imprévisibles de la Terre. Durant l'Antiquité, le porphyre provenait exclusivement de gisements situés en Egypte, dans les carrières du Mons Porphyrites. Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que ce matériau fut extrait d'autres lieux en Europe (Italie, Suède et Russie). Au début de notre ère, le mot « porphyre » désignait exclusivement une roche pourpre tachetée de blanc, à l'instar des trois têtes que nous présentons. Cette couleur si particulière, associée à sa grande dureté, participait au prestige des grands aristocrates puis à la propagande impériale. Symbole d'excellence, le porphyre, alors considéré comme une des matières les plus précieuses, fut utilisé par bon nombre des prétendants à l'héritage impérial pour asseoir leur légitimité. On ne sait pas précisément si les Empereurs avaient le monopole de son extraction ; cela semble varier avec les époques. Cependant, il est avéré que les carrières étaient exploitées par des condamnés aux travaux forcés et que sa taille, compte tenu de sa dureté, réclamait un outillage spécifique et une grande endurance du sculpteur.

Il est difficile de savoir avec précision d'où provient notre série de trois têtes et de quelle oeuvre elles sont issues. Durant l'Antiquité, les Empereurs et leurs épouses se sont fait bâtir des sarcophages monumentaux qui pouvaient réunir de nombreux portraits des membres de leurs familles. Les premiers tombeaux en porphyre attestés sont ceux de la famille de Constantin, de sa fille Constance et de sa mère Sainte Hélène datant du IVe siècle. Les caractéristiques stylistiques des guerriers et personnages ornant ce dernier sarcophage sont très proches des portraits que nous présentons. On retrouve en effet la même qualité de sculpture dans les chevelures, les yeux bien marqués et enfoncés dans leurs orbites et des zygomatiques saillants qui suivent le mouvement d'une fine bouche exprimant différents sentiments (le rire, la crainte, la sévérité).

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photo Marc-Arthur Kohn

Les traits d'un personnage en buste conservé au Musée du Vatican et datant du IVe siècle montre également de profondes similitudes avec les nôtres. Ces figures, à la sculpture et au poli remarquable témoignent du grand talent des artistes de l'époque qui ont su dompter ce porphyre, cette matière si dure, si singulière, si précieuse et lourde de sens pour les grands dignitaires jusqu'au XIXe siècle. Au XVIIe siècle, il était très courant de restaurer ce type de sculpture pour combler les usures et les outrages faits par le temps. Nos têtes, elles, n'ont subi aucune restauration de ce genre et ont conservé toute leur patine d'origine.

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photo Marc-Arthur Kohn

RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES Collectif, Porphyre : la Pierre Pourpre des Ptolémées aux Bonaparte, Catalogue de l'exposition présentée au Musée du Louvre du 17 novembre 2003 au 16 février 2004, éd. RMN, Paris, 2003

Marc-Arthur Kohn. Vendredi 18 mars à 14h00.  Drouot - Richelieu - Salle 1. EMail : auction@kohn.fr - Tél. : +33 1 44 18 73 00