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Paire de bougeoirs"Aux Magots". Paris, époque Louis XVI. Photo Marc-Arthur Kohn

Porcelaine de Chine XVIIIe siècle et bronzes dorés H. 19 cm, L. 11 cm. Estimation : 40 000 - 50 000 €

Cette ravissante paire de bougeoirs à la composition tout à fait originale, traduit le véritable engouement qui existait pour l'exotisme, la nature et les objets montés durant le règne de Louis XVI. Chaque bougeoir est composé d'un magot trapu assis et rieur en porcelaine polychrome de Chine. Ils prennent place chacun dans une cage ornée d'un treillage en bronze doré d'où émergent des guirlandes de fleurs en porcelaine européenne polychrome. Le sommet est coiffé d'une tige qui porte un beau binet ajouré en bronze à motif de feuillages, quant au bassin, il est en forme de feuilles épanouies. La base moulurée est agrémentée en façade d'une guirlande de lauriers et les quatre petits pieds ronds sont ciselés de feuilles d'acanthe.

Cette magnifique paire de bougeoirs regroupe à elle seule tout ce que le règne de Louis XVI produisait de meilleur en terme artistique et technique pour satisfaire le goût et les passions de ses contemporains. L'exotisme et cet attrait pour les pays lointains se manifestent à travers la présence de ces magots, placides et joyeux. C'est aussi l'époque où le jardin, le naturalisme, la faune et la flore sont très à la mode. Marie-Antoinette se fit d'ailleurs livrer par Georges Jacob un superbe mobilier d'inspiration végétale pour sa chambre dite «au treillage» au Petit Trianon. Pour répondre à cette envie de retour aux sources naturelles, on peut comprendre pourquoi l'artiste a placé les magots au centre d'un accessoire de jardin et d'une multitude de fleurs et de feuillages. Cette paire de bougeoirs, chef-d'oeuvre artistique est aussi un exploit technique, l'artiste ayant su mêler avec virtuosité et subtilité deux matériaux antinomiques que sont la porcelaine, fragile et délicate, et le bronze, froid et robuste. Le charme de cet objet réside dans le fait que tout est traité avec souplesse et harmonie, finesse et dextérité.

Sous Louis XVI, on perd souvent le sens de l'objet pour mêler avec bonheur des matériaux et des thèmes très dissemblables. Depuis le Moyen-âge, les grands souverains et les hauts dignitaires se plaisaient à magnifier des objets rares et couteux. Des matériaux nobles comme le marbre, le porphyre, les pierres dures, venus souvent de lointaines contrées étaient agrémentés d'une monture d'or, d'argent ou de bronze.

Sous Louis XV, on vouait un véritable culte aux porcelaines et autres céladons que, sous les conseils des marchands-merciers, on s'empressait de garnir d'une fine monture de bronzes rocailles pour en souligner les contours et les mettre en valeur. Vers 1780, le bronze doré occupe une place de plus en plus importante dans ces objets notamment avec des maîtres comme Gouthière, Rémond ou Caffieri; l'objet en porcelaine n'est alors plus qu'un prétexte pour que ces artistes laissent libre court à leur talent et imagination pour produire de véritables chefs-d'oeuvre de l'art bronzier. D'ailleurs, à cette date, les montures coûtaient souvent plus chères que l'objet qu'elles étaient censées agrémenter. Ce phénomène avait déjà été remarqué par le grand marchand-mercier Hébert qui, dès 1766 dans son Dictionnaire pittoresque, à propos de la collection de Blondel de Gagny, notait: «Les montures et les ornements semblent disputer de prix avec les pièces qu'elles accompagnent.»

Marc-Arthur Kohn. Jeudi 28 juillet à 19h00. SALON DES ARTS et SALON FRANÇOIS BLANC Place du Casino 98000 Monaco. EMail : auction@kohn.fr  - Tél. : +33 1 44 18 73 00