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Brûle-parfum en céladon «Aux Lions» Chine, Epoque Qianlong (1735-1795) pour le céladon; France, époque Louis XVI pour la monture. Photo Marc-Arthur Kohn

Porcelaine et bronzes dorés H. 43 cm, L. 27 cm, P. 25 cm - Estimation : 130 000 - 150 000 €

Cet exceptionnel brûle-parfum en céladon s'agrémente d'une riche ornementation de bronzes ciselés et dorés réalisée dans la grande tradition des objets dits «montés» du XVIIIe siècle. Il se compose d'un récipient de forme ovoïde en céladon dont le charme repose sur un fin réseau de craquelures parcourant l'ensemble de la panse. Une très belle garniture de bronzes dorés, caractéristique du grand goût néoclassique, souligne la qualité de la céramique. Deux mufles de lion en bronze finement ciselé et doré ornent les deux cotés de ce brûle-parfum. Ils sont reliés par un large drapé retenus au centre par deux pattes de lion pendantes. Le col du céladon est ceint d'une large frise de feuillages surmontée d'une frise de postes ajourée permettant aux senteurs de s'échapper. Le couvercle simulé adopte une forme ourlée soulignée de godrons et coiffée d'une pomme de pin. Le piédouche s'agrémente d'une large frise de feuilles d'eau bordée d'un tore à croisillons. Une base de section carrée assure la stabilité de l'ensemble de la composition et s'orne sur toutes ses faces d'un motif de grecques.

Ce brûle-parfum représente tout ce que le règne de Louis XVI avait de génie et de savoir-faire en matière d'objets montés.

Le terme «céladon» désigne à la fois une couleur et une céramique venant d'Extrême-Orient, de Chine le plus souvent. Il s'agit d'une porcelaine ou d'un grès à couverte de ton vert pouvant aller du vert clair au vert olive. Ce mot «céladon» est typiquement français et s'inspire en réalité de la ressemblance de sa couleur avec celles des rubans associés aux vêtements du jeune berger qui porte le même nom dans le roman «L'Astrée» paru au début du XVIIe siècle. Le céladon fait partie de ces matériaux dont les grands personnages du royaume raffolaient, compte tenu de leurs origines lointaines, empruntes de rêverie et d'aventure, et de leurs préciosités.

Ainsi, sous l'impulsion des grands marchands merciers de l'époque, les propriétaires de ces objets venus d'Extrême Orient faisaient le choix de leur ajouter une monture de bronzes dorés afin de les magnifier et d'en souligner leur importance. Les plus grands bronziers ont alors rivalisés de talent et d'ingéniosité pour créer des ornementations à la hauteur de la qualité des matériaux, comme en témoigne ce brûle-parfum. Si l'auteur de notre objet reste anonyme, il n'en demeure pas moins que sa technicité s'avère remarquable au regard de la finesse de la ciselure des bronzes marqués par le style antique très en vogue dès les années 1760. Des artistes comme Gouthière par exemple ont reçu de grandes commandes de montures de ce type et la Couronne possédaient plusieurs de ces objets comme ces vases qui ornaient le petit et le grand salon de Mesdames, filles de Louis XVI à Versailles (ci-dessous).

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Comme en témoigne notre brûle-parfum, la monture de bronze occupe dans les oeuvres de cette époque une place essentielle, voire prépondérante par rapport aux objets montés que l'on pouvait trouver sous Louis XV; Signalons à ce propos que, bien souvent, la monture de bronze, compte tenu de sa richesse et de sa qualité d'exécution, coûtait plus cher que l'objet à monter lui-même.

Marc-Arthur Kohn. Jeudi 28 juillet à 19h00. SALON DES ARTS et SALON FRANÇOIS BLANC Place du Casino 98000 Monaco. EMail : auction@kohn.fr  - Tél. : +33 1 44 18 73 00