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Paire de vases de porcelaine de Paris  «Aux Satyres» France, époque Louis XVI. Photo Marc-Arthur Kohn

Porcelaine de Paris et bronzes dorés H. 29 cm, Diam. de la base 12, 5 cm - Estimation : 40 000 - 60 000 €

Cette exceptionnelle paire de vases cornet en porcelaine de Paris gros bleu s'agrémente d'une riche monture de bronzes ciselés et dorés, dans la grande tradition de l'époque Louis XVI. Au centre, la panse s'orne de trois têtes de satyres reliées par une frise d'entrelacs et dont les cornes se mêlent dans un superbe enroulement. La partie basse est ceinte d'un décor tournant d'anneaux repercés. Le sommet du col présente une galerie de bronzes dorés ajourés à décor de treillages. Le piètement se compose de trois pattes de lion finement ciselées reposant sur une base circulaire en porcelaine cerclée de bronze doré.

Depuis la découverte du kaolin à Saint-Yriex en 1767, la Manufacture de Sèvres s'est fait une spécialité de la porcelaine qui possédait les mêmes caractéristiques que celles fabriquées en Chine, à savoir la blancheur, la transparence et la résistance aux rayures. Le Roi offrait volontiers aux souverains et ambassadeurs étrangers des objets réalisés en porcelaine de Sèvres qui constituaient alors une véritable fierté nationale compte tenu de la complexité de sa fabrication et de la beauté de ses formes et couleurs.

Beaucoup plus rares que les objets montés en bronze doré provenant de Chine, ceux issus de la production de la Manufacture de Sèvres se rencontrent peu et témoignent de l'intérêt que leurs riches propriétaires leur portaient. La paire de vases que nous présentons adopte une forme très sobre, élégante et raffinée que l'on retrouve dans les productions de porcelaine venues d'Extrême-Orient. Cet aspect tronconique terminé par un col évasé dit «cornet» laisse alors tout le champ libre à l'artiste bronzier chargé de le mettre en valeur à l'aide d'une monture puisant dans le répertoire ornemental propre au style néo-classique et au règne de Louis XVI. Les plus grands spécialistes comme Thomire, Gouthière ou Rémond, à la demande des marchands merciers, se sont alors chargés d'exalter les créations de l'époque, de les magnifier afin de souligner la difficulté de leur réalisation et de leur coloration.

Au XVIIIe siècle, on nommait la couleur bleue qui occupe nos vases «Bleu royal», appelée également «Bleu de Sèvres» ou «Gros Bleu». Cette couleur bleu lapis si profonde est obtenue à partir d'oxyde de cobalt et est appliquée comme décor de fond sur la porcelaine dure ou tendre à partir de 1770. Couleur de grand feu, elle est apposée en couches successives par putoisage, technique permettant de répartir uniformément la coloration sur la couverte cuite.

Cette paire de vases est l'exemple même de ce que les hauts personnages de la Cour et de la noblesse affectionnaient particulièrement dans le sens où la porcelaine devient le support du bronze, contrairement à ce qui se faisait auparavant, notamment sous Louis XV. En effet, il apparaît que la monture de bronze qui orne notre paire de vases prenne le dessus sur la porcelaine et devienne la véritable matière à observer et à admirer. Ce renversement de tendance est attribué à Thomire qui, compte tenu de son immense talent de bronzier, a su faire prévaloir cette matière au détriment de la porcelaine. D'ailleurs, l'absence de décor peint autre que le fond «gros bleu» incline à penser que seul le bronze doré devait constituer l'ornementation. Ceci s'observe au regard de bon nombre de productions des années 1780, permettant ainsi de dater notre paire de vases de cette période. Vers 1760, il est fort probable que les décors qui auraient agrémenté notre paire de vases fussent réalisés également en porcelaine et non en bronze.

Une paire de vases similaires, avec d'infimes variantes, a été présentée lors de l'exposition «Un défi au goût: 50 ans de création à la Manufacture Royale de Sèvres (1740 - 1793)» au Musée du Louvre en 1997 (n° 57 du catalogue). Ces vases quasiment identiques étaient présents au Château des Tuileries en 1833 et déposés au Musée du Louvre en 1870 par décision de la commission de la Liste et du Domaine Privé (fig. 1). Ils sont également reproduits dans l'ouvrage de Carle Dreyfus, Les objets d'art du XVIIIe siècle du Musée du Louvre - Bronzes d'ameublement et pendules, porcelaines, marbres et laques montés en bronze doré de l'époque de Louis XVI, éd. Albert Morancé, Paris 1923 (cat. n° 30 avec illustration).

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Il y est également mentionné l'existence d'une autre paire de vases en porcelaine bleu lavande qui est conservée au Musée Nissim de Camondo (fig. 2).

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RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES: - Pierre Ennès & Brigitte Ducrot, Défi au goût: 50 ans de création à la Manufacture Royale de Sèvres (1740-1793), catalogue d'exposition Mai-Juin 1997, éd. RMN, Paris, 1997.

- Carle Dreyfus, Les objets d'art du XVIIIe siècle du Musée du Louvre - Bronzes d'ameublement et pendules, porcelaines, marbres et laques montés en bronze doré de l'époque de Louis XVI, éd. Albert Morancé, Paris 1923.

- Pierre Kjellberg, Objets montés du Moyen-âge à nos jours, éd. de l'Amateur, Paris, 2000.

Marc-Arthur Kohn. Jeudi 28 juillet à 19h00. SALON DES ARTS et SALON FRANÇOIS BLANC Place du Casino 98000 Monaco. EMail : auction@kohn.fr  - Tél. : +33 1 44 18 73 00