Shiro Kuramata (1934-1991), cabinet du modèle "Solaris", 1977, édition Cappellin
Shiro Kuramata (1934-1991), cabinet du modèle "Solaris", 1977, édition Cappellin, bâti en frêne noirci, présentant trente-deux tiroirs, quatre pieds en acier gainé d’aluminium mat, 155 x 140 x 83 cm. Estimation : 10 000/12 000 €.
Perché sur de hauts pieds cylindriques, ce cabinet en frêne noirci aux multiples tiroirs semble avoir juste atterri sur quelque planète inconnue des hommes. En même temps, il évoque les meubles à pharmacie chinois. Il appartient tout autant à l’univers high-tech que traditionnel. Alors, un Ovni ? Non, juste le modèle "Solaris" de Shiro Kuramata, le designer japonais qui transforme l’espace immatériel en objet spatial et toutefois saisissable. Ce nom lui a été inspiré par le film éponyme d’Andrei Tarkovsky, lui-même inspiré du roman de Stanislas Lem. Drame psychologique et science-fiction, le scénario efface les barrières entre le mental, la planète Solaris et les personnes proches du héros, le psychologue Kris Kelvin, et pourtant décédées. "L’idéal serait d’avoir des choses qui flottent dans l’air sans aucun support, Kuramata. Ainsi le dessin peut évoluer." Et d’ajouter : "Je me sens attiré par les matières transparentes, parce que la transparence n’occupe aucune place particulière et cependant, elle existe." Dès 1976, il réalise grâce à un nouveau type de colle une chaise entièrement en verre, proche de l’esthétique de Mondrian, sans la couleur. Poursuivant cette recherche, il arrive à la très poétique et transparente Miss Blanche, où des pétales de roses en papier, inspirés par ceux du chemisier de Blanche Dubois dans Un tramway nommé désir, flottent dans la structure. Dès ses études de menuiserie, puis d’architecture et de design, l’artiste abolit les frontières, selon la tradition japonaise, entre arts majeurs et mineurs ; mais aussi entre l’esthétique et la culture populaire. Il réussit avec brio à rendre sensuelle une création minimaliste, à faire vibrer l’espace en partant aussi bien d’un air de jazz que de la culture cinématographique américaine. Il faut se rappeler qu’une part importante de son œuvre, la décoration de bars et de restaurants au Japon, des boutiques d’Issey Miyake dans les capitales européennes et à New York, n’existent plus.
Lundi 15 juin, salle 1 - Drouot-Richelieu. Lafon SVV. M. Legrand.
