Hubert Robert, Les Sources de Fontaine-de-Vaucluse & quatre autres formats de personnages dans des paysages de grottes
Hubert Robert, Les Sources de Fontaine-de-Vaucluse, toile, 102,5 x 146,5 cm. Estimation : 100 000/150 000 €.
Toile. Signé et daté en bas à gauche H Robert 1783.
Provenance : Commandé par l'Archevêque de Narbonne, Arthur Richard Dillon ; Vente anonyme, Paris, Galerie Charpentier, 9 décembre 1952 (Me Ader), n° 95, reproduit pl. XLIII (900 000 frs) ; Acquis à cette vente par la famille des actuels propriétaires.
Exposition : Salon de 1785, Paris, sous le n° 50 (Deux tableaux, l'un représente les Sources de la Fontaine de Vaucluse, et l'autre les Rochers d'Olion en Provence. Ces deux tableaux de 5 pieds de longs sur 4 de haut, appartiennent à M. l'Archevêque de Narbonne).
Bibliographie : P. de Nolhac, Hubert Robert, 1910, p. 66 ; Catalogue de l'exposition Hubert Robert, Paris, Musée de l'Orangerie, 1933, sous le n° 79 (comme perdu).
Réidentifié ici comme étant le tableau qui figurait au Salon de 1785, notre tableau avait alors un pendant : c'est celui, malheureusement coupé conservé au Musée Jules Chéret de Nice : Paysage montagneux, Les Gorges d'Ollioules (Toile, 95 x 127cm, signé et daté HRobert 1783).
Hubert Robert fit très probablement un séjour dans le Gard dans les années 1783. Il a réalisé plusieurs esquisses et dessins de ce fameux site de Fontaine de Vaucluse, qui figuraient pour certains dans la vente après décès du peintre qui eut lieu le 5 avril 1809. On répertorie ainsi : - La Fontaine de Vaucluse, Carton marouflé sur toile, 30 x 37,6 cm, conservé au Musée Calvet d'Avignon et peinte en 1783 ;- Rochers de la Fontaine de Vaucluse, Lavis brun et crayon noir, 30,5 x 40,6 cm, daté vers 1785 et conservé au Musée Pétrarque de Fontaine de Vaucluse ; - Une esquisse de format réduit qui était, avec l'esquisse du pendant, dans une collection particulière américaine (voir le catalogue de l'exposition Hubert Robert, Paris, Musée de l'Orangerie, 1933, sous le n° 79).
Il a particulièrement bien observé le site. Il inclut en haut à droite les ruines du Château des Evêques de Cavaillon du XIVe siècle
. Les commentaires de Pierre de Nolhac sont éloquents : On n'avait point ici rusé avec la nature ; on n'avait cherché qu'à la rendre avec la candeur des bons peintres, et les naturalistes mêmes s'étonnaient, avec Soulavie, de reconnaître si exactement « le caractère de la pierre calcaire de Vaucluse, les coupes particulières à ces sortes de pierres, et, dans les roches d'Olion, l'ensemble des pierres vitrescibles et primitives » (voir P. de Nolhac, op. cité supra).
Le site de Fontaine de Vaucluse doit son nom latin, Vallis Clausa (Vallée close et ensuite Vaucluse), à sa curiosité géographique. Son succès, attesté dès le Moyen Age, continua au XIXe et continue encore aujourd'hui. Ces lieux ainsi que ses eaux vert émeraude, généralement calmes mais spectaculaires en période de crue en été, inspirèrent de nombreux artistes tels que Pétrarque, Boccace, Chateaubriand, Frédéric Mistral et René Char. Au bout de ces gorges verdoyantes et au pied d'une falaise de 230 m de haut, façonnée par l'érosion, surgit la Sorgue, plus belle rivière du département. Cette source est considérée comme la première d'Europe.
Arthur Richard Dillon (Saint Germain en Laye 1721 - Londres 1806), Archevêque de Narbonne de 1762 à 1790, fut le commanditaire des deux tableaux exposés au Salon de 1785. Il est le fils d'Arthur Dillon, gentilhomme irlandais devenu général au service du roi de France, et de Christina Sheldon. Il est apparenté à la comtesse de Boigne, par la mère de celle-ci, née Eléonore Dillon, ainsi qu'à la marquise de La Tour du Pin née Henriette Lucy Dillon. Il fut fait commandeur de l'Ordre du Saint Esprit par Louis XVI en 1776.
Administrateur visionnaire et entreprenant, il se consacra beaucoup moins à la direction spirituelle de son diocèse qu'à son bien-être temporel. Il fit cependant réaliser de nombreux travaux d'utilité publique et notamment permit l'exécution du vieux projet élaboré par Vauban en 1684 qui consistait à unir le canal de Narbonne dit La Robine au canal du Midi. Il créa également les chaires de Chimie et Physique à Montpellier et à Toulouse. Dans ses Mémoires, Talleyrand le cite comme un exemple des hommes du Clergé de la fin de l'Ancien régime mettant (…) une certaine gloire à quitter les formes de leur état pour vivre en gentilhommes (C.M. de Talleyrand, Mémoires, Paris, 2007, p. 137). De même la comtesse de Boigne rapporte que L'archevêque de Narbonne (…) se porta aussi protecteur actif des nouveaux époux [les parents de Madame de Boigne], les attira à la campagne chez lui, dans une terre en Picardie, nommée Hautefontaine, où il menait une vie beaucoup plus amusante qu'épiscopale (E.A. d'Osmond, comtesse de Boigne, Mémoires, Paris, 1921-23, tome 1, p. 23).
Peu après 1791, il se rendit à Londres où il vécut jusqu'à sa mort en 1806. Il fut inhumé dans l'ancien cimetière de Saint Pancras à Londres. En raison des travaux d'aménagement de l'Eurostar, son cercueil fut mis à jour et il fut décidé de transférer ses restes dans le caveau de la chapelle Saint Martin, à l'intérieur de la cathédrale Saint Just et Saint Pasteur de Narbonne.
Notre tableau ouvre la voie d'une série de tableaux sur les monuments de la France, dans la lignée de sa série sur les monuments italiens. Il annonce son Pont du Gard, conservé au Louvre, une des quatre Vues des monuments de la France, commandées pour la salle à manger du roi à Fontainebleau et présenté au Salon de 1787 (voir J. de Cayeux, Hubert Robert, Paris, 1989, reproduit fig. 15).
Il traduit l'engouement préromantique, un peu à la Hackert, pour un lieu exceptionnel, d'une harmonie naturelle, prélude des développements du XIXe siècle
Hubert Robert (Paris 1733 - 1808), -- La cascade - Rivière et autoportrait de l'artiste dessinant - Jeune femme courant - Personnage dans une grotte. Estimation : 70 000 / 90 000 €
Série de quatre toiles marouflées sur panneau, fragments d'une même composition.
277 x 145 pour le premier et le troisième
278,5 x 140 pour le deuxième et le quatrième
277 x 570 pour l'ensemble
Provenance : Collection de l'Hôtel de Luynes ;Vente Duc de Gramont, Paris, Galerie Georges Petit, 22 mai 1925 (Mes Lair Dubreuil et Albinet), n° 13, reproduit (comme provenant de l'Hôtel de Luynes, La Cascade, 374 x 610cm) ; Vente anonyme, Paris, Palais Galliera, 13 juin 1963 (Me Ader), n° 15, reproduit pl.XI (La Cascade, 356 x 575cm).
Lors de la vente de la collection du Duc de Gramont (Voir op. cité supra, n° 12, reproduit), figurait le pendant de notre tableau, Le Pont sur le torrent, provenant également de l'Hôtel de Luynes (Toile, 371 x 605 cm). Elle présentait vraisemblablement le tableau, non coupé, avec ses dimensions originales. Lors de la vente du 13 juin 1963, le tableau a été plié et cela explique la différence au niveau des dimensions.
Mercredi 17 juin, salle 4 - Drouot-Richelieu. Delorme, Collin du Bocage SVV. Mme Collignon, MM. Millet, Ottavi, de Labretoigne, Froissart, Corpechot, Louot, Dillée, de Clerval, Kalfon, Mourier, Cabinet Turquin, cabinet Franc-Saint-Salvy, Vendôme Expertise.

