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Entourage de Nicolas Sageot, époque Louis XIV, bureau Mazarin en marqueterie de laiton et écaille rouge, ouvrant à sept tiroirs dont six en deux caissons, reposant sur huit pieds gaine, écoinçons en bronze ornés de masques d’hommes moustachus, 80,5 x 195 x 92 cm. Estimation : 100 000/120 000 €.

Aux excès du baroque, répond dans la dernière partie du XVIIe siècle, le classicisme promu par Louis XIV et l’Académie. Le grand art doit édifier le spectateur et chanter les louanges du Roi-Soleil par d’habiles comparaisons avec les dieux de la mythologie et les héros de l’Antiquité. Le paysage, genre peu considéré, n’existe que par son rôle de cadre lié à un thème littéraire, mythologique ou biblique. À cette époque, selon John R. Martin, «[l]e naturalisme du XVIIe siècle est indissolublement lié à une conception métaphysique de l’univers». Il revient à Claude Gellée dit Le Lorrain de définir par sa peinture le paysage idéal ou paysage dit classique. Comme Poussin, il fait sa carrière à Rome, où il meurt en 1682. Rien ne lui plaît davantage que d’observer la campagne environnante qu’il dessine sans relâche – Claude laissera quelque 1 200 dessins. Il possède surtout une connaissance aiguë des effets lumineux, à l’instar d’un Rembrandt ou d’un Ruysdael. Peintre recherché en son temps, il continue à être célébré comme l’un des grands maîtres de la peinture, chaque époque trouvant dans son œuvre de quoi se l’approprier. Ses peintures et dessins sont conservés dans les collections publiques et rares sont ceux qui apparaissent sur le marché. Ne doutons pas que notre dessin risque de créer l’évènement ! Sous de grands arbres, dans un paysage doucement vallonné, près d’un plan d’eau, un berger allongé garde un troupeau de bœufs et de moutons. Un paysage arcadien peut-être destiné à servir de fond pour un sujet tiré de Virgile ? Nous avons juste une annotation à la plume au verso indiquant : «Claudio Gellée iv fecit/Roma questo di 22 agosto/1667». Estimée aussi 100 000 €, une sanguine de Fragonard, La Maisonnette, 1759, également exécutée à Rome, prouve, presque un siècle plus tard, que la leçon de nature du Lorrain a été bien comprise par un peintre, à l’époque où l’on vénérait l’héritage gréco-romain. On le voit également dans le buste en marbre blanc d’Augustin Félix Fortin, Portrait présumé de Michel Le Peletier de Saint-Fargeau, 1789, pour lequel il faut compter 15 000 €. Pour le mobilier d’époque Louis XIV, on remarque une certaine exubérance décorative dans les décors inspirés de Jean Ier Berain, pour le bureau reproduit ici par exemple, notamment par l’emploi des chimères à long cou que l’on retrouve sur les planches I et F de son œuvre gravée. On admire le décor original composé d’un bestiaire naturaliste – oiseaux, escargots, écureuils, lapins, chines et grues. Un bureau Mazarin estampillé Nicolas Sageot est conservé au Petit Palais, dans la collection Dutuit, et permet d’envisager une attribution à son entourage. Un bureau similaire, de mêmes dimensions et utilisant les mêmes poncifs, figure dans les collections royales anglaises. On connaît le nom du marqueteur Toussaint Devoye, fournisseur des grands ébénistes, selon une pratique alors courante et qui explique de nombreuses similitudes dans ce mobilier de marqueterie de type Boulle. On retrouve, en revanche, la sévérité de l’art romain dans une paire de colonnes à godrons en acajou et placage de bois clair, surmontées de faisceaux de licteur soutenant des cache-pots à anses en forme de serpents, un travail autrichien ou du nord de l’Italie, vers 1830, estimé 5 000 €. Pour terminer, on retiendra deux tapisseries. L’une, de la «tenture des mois», représente les travaux du mois de janvier. Tissée à Bruxelles, dans l’atelier d’Evrard III Leyniers (1597-1680), elle est accessible à partir de 15 000 €. L’autre, en laine et soie, représente une scène champêtre où des personnages galants et des cueilleurs de pommes sont réunis dans un paysage ponctué de ruines, d’un château et, au loin, d’une ville. La scène s’inscrit dans un cadre. Elle a été tissée vers 1740 dans l’atelier du célèbre lissier anglais William Bradshaw, à Londres, pour laquelle il faut prévoir 30 000 €. Les tapisseries anglaises du XVIIIe siècle sont connues sous l’appellation «manufacture de Soho». Peu de temps après, l’école paysagiste anglaise, inspirée par le paysage idéal du Lorrain, faisait son apparition.

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Jean-Honoré Fragonard (Grasse 1732-Paris 1806) La maisonnette. Sanguine, 40 x 55 cm. Annotation, à la plume, en bas à gauche : « Fragonard Rome 1759 ». Estimation : 100 000 / 120 000 €

Provenance : Collection Ernest Poussin, Louviers
Vente anonyme, Paris, 24 juin 1922, n° 139 bis

Expositions : 1931, Paris, Hôtel de Sagan, Fragonard, n° 102 1957, Grasse, Musée Fragonard, Fragonard, n° 31 1957, Charleroi, Fragonard-David-Navez, n° 28

Bibliographie : L.M. Lang, « Annuaire des Ventes », t. IV, oct. 1921, juillet 1922, repr. p. 65 A . Ananoff, L'Oeuvre dessiné de Fragonard, Paris, 1961, Tome 1, p. 161, n° 377, fig. 131

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Augustin Félix Fortin (1763-1832). Buste présumé de Michel Le Peletier de Saint Fargeau, coiffé d'un catogan, portant une veste à col ouvert avec un foulard, en marbre blanc. Piédouche en marbre blanc veiné. Signé et daté « Fortin f. 1789 » sur la tranche de l'épaule gauche. Hauteur : 72 cm. Estimation : 15 000 / 20 000 €

Note: Augustin Fortin, neveu du sculpteur Félix Lecomte, prix de Rome en 1783 et pensionnaire jusqu'en 1787, est agrégé de l'Académie Royale en 1789
A partir de cette date, il exposa de nombreuses années aux Salons du Louvre.
Louis-Michel Le Peletier de Saint Fargeau, Président à mortier du Parlement de Paris, député de l'Yonne à la Convention nationale et révolutionnaire, fut l'un des aristocrates qui votèrent la mort de Louis XVI, ce qui lui valut d'être assassiné par un ancien garde du roi en 1793, alors qu'il dînait dans un restaurant du Palais Royal.
La Nation le déclara alors « martyr de la Révolution ». Il est à l'origine de nombreuses lois, mais échouant à faire abolire la peine de mort, il fit voter la suppression de la pendaison au profit de la décapitation, « mesure égalitaire »...
Un buste le représentant, en porcelaine de Sèvres de 1793, est conservé au château de Vizille dans l'Isère.

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Paire de cache-pots de forme Médicis à anses serpents en placage de cerisier et bois patiné à l'imitation du bronze. Autriche ou Italie du nord, vers 1830. (Petites restaurations). Hauteur : 130,5 cm - Diamètre : 36 cm. Estimation : 5 000 / 7 000 €

Ils sont soutenus par des faisceaux de licteur sur des colonnes à godrons en acajou et placage de bois clair. Base et contre socle à section carrée.

Mercredi 10 juin, salle 1-7 - Drouot-Richelieu. Beaussant - Lefèvre SVV. MM. Cahen, Auguier, Vandermeersch, Bacot, de Lencquesaing, Portier, Boutonnet.